Par Sarah Gendreau Simoneau

La folie pour les protéines se propage à la vitesse de l’éclair depuis plusieurs mois. Le marketing entourant les aliments protéinés est partout sur les tablettes des épiceries. Céréales, lait, pains, chips, eau, tout y passe afin de « faire croire » aux personnes consommatrices qu’elles ont besoin de toutes ces protéines pour être en santé.
Sur les réseaux sociaux, des influenceurs et influenceuses, dont certains sont des professionnels de la santé, affirment que la plupart des gens souffrent de carences protéiques et doivent consommer davantage de protéines. On voit même des spécialistes, comme le Dr Peter Attia aux États-Unis, qui pousse à consommer plus de protéines. Dans son livre à succès Outlive, il mentionne que la plupart des personnes en bonne santé et actives devraient consommer trois fois plus de protéines que ce qui est recommandé par les autorités de santé publique. En réalité, selon les nutritionnistes, la majorité des Québécoises et des Québécois consomment déjà assez de protéines.
Les vraies recommandations
Des protéines, tout le monde doit en consommer, ils sont indispensables au fonctionnement du corps. L’humain en a besoin pour marcher, pour réfléchir et pour faire battre son cœur. On retrouve des protéines dans les produits laitiers, comme le fromage, le yogourt et le lait, dans les œufs, dans le poisson et les fruits de mer, dans les légumineuses, comme les haricots secs, les pois secs, les lentilles et les haricots de soya, dans les viandes comme le bœuf, l’agneau, le porc et le veau, dans les noix et les graines ainsi que dans la volaille comme le poulet et la dinde.
C’est pourquoi, selon la nutritionniste Julie DesGroseilliers, la plupart des personnes au Québec consomment suffisamment de protéines si leur alimentation est variée. « Le problème, souligne-t-elle, ce n’est pas de manger plus de protéines, mais de mieux les répartir dans la journée. On en mange peu ou pas le matin, un peu le midi et beaucoup le soir. Il faudrait en manger davantage le matin pour se donner de l’énergie. »
Ce que Santé Canada recommande, c’est 0,8 à 1,3 g de protéines par kg de poids corporel par jour pour un adulte. Les experts parlent plutôt de 1 à 1,5 g. Pour un adulte de 70 kg, par exemple, ça représente entre 70 et 105 g de protéines, de source animale ou végétale. L’idéal, selon Mme DesGroseilliers, serait d’en consommer entre 25 g et 35 g par repas. Ces recommandations visent à prévenir la carence en protéines et à maintenir les tissus maigres, comme les muscles, chez la plupart des gens. Si les gens ne consommaient pas assez de protéines, on constaterait des signes alarmants de malnutrition, ce qui n’est pas le cas.
« Les carences en protéines sont rares et vont se manifester chez ceux qui n’ingèrent pas suffisamment de calories dans leur journée, par exemple des aînés qui ont perdu l’appétit, des personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter des protéines animales ou n’ont pas les compétences pour cuisiner les protéines végétales », précise Julie DesGroseilliers.
Consommer plus de protéines n’est donc pas nécessaire, d’autant que notre corps ne fait pas de réserves de protéines.
Une folie grandissante
Dans les dernières années, les gens ont semblé idéaliser les protéines en leur donnant un halo santé. On entend souvent que c’est une source d’énergie, qu’elles réparent les muscles et aident à la prise de masse musculaire. Elles aident le corps à se reconstruire après un entrainement, à gagner en force et à éviter les blessures. Elles sont notamment devenues hyper populaires auprès des athlètes et dans le monde du sport.
Les protéines sont aussi associées à la perte de poids parce qu’elles comblent l’appétit, ce qui réduit les fringales entre les repas. Aussi, le corps doit dépenser plus de calories pour les utiliser que pour assimiler les lipides et les glucides. Cependant, il faut être au courant que les aliments protéinés ne sont pourtant pas tous santé. Plusieurs produits affichant un haut taux de protéines par portion dépassent la recommandation pour un repas.
Aussi, il est bon de rappeler qu’à cause de leur pouvoir rassasiant, une consommation élevée de protéines se fait souvent au détriment d’autres aliments sains dont on a besoin tous les jours, comme les fruits, les légumes et les fibres. La tentation de manger plus de produits d’origine animale, qui sont liés à des risques plus élevés de maladies cardiovasculaires, augmente. Ainsi, incorporer davantage de protéines d’origine végétale à l’alimentation et mieux équilibrer les repas est une meilleure avenue que de simplement consommer plus de protéines.
Un risque existe
Si on est en santé, manger trop de protéines fatigue notre organisme. Le corps dépense beaucoup d’énergie à métaboliser les protéines. Plus on en ingère, plus il mettra du temps à les assimiler ou à la dégrader. Les surplus se transformeront en glucides et seront mis en réserve dans les tissus adipeux, ce qui se traduira éventuellement par une prise de poids. De plus, une consommation trop élevée de protéines pourrait être problématique pour les personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique.
Source : Science Presse

Sarah Gendreau Simoneau
Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.
