Retour des tests génétiques de féminité aux Jeux olympiques 

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Les athlètes transgenres de sexe féminin seront exclues des Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. 

Le Comité international olympique (CIO) a rétabli les tests chromosomiques pour la participation aux épreuves féminines des Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles. Cette condition a déjà été en vigueur de 1968 à 1996 dans le monde olympique, mais a été exclue en 1999 sous la pression de la communauté scientifique qui contestait sa pertinence.  

L’admissibilité aux compétitions olympiques féminines « est désormais réservée aux personnes de sexe biologique féminin », non porteuses du gène SRY, a expliqué le CIO dans un communiqué, bannissant à la fois les sportives transgenres et une grande partie des athlètes intersexes. Échapperont à cette réglementation celles qui pourront démontrer leur « insensibilité totale aux androgènes », c’est-à-dire l’incapacité de leur corps à utiliser la testostérone, une preuve qui nécessite des investigations coûteuses et complexes. 

On ignore combien de femmes transgenres, s’il y en a, participent à des compétitions de niveau olympique. Aucune femme ayant changé de sexe après être née de sexe masculin n’a participé aux Jeux d’été de Paris en 2024.  

Cette nouvelle politique d’admissibilité s’aligne sur le décret du président américain Donald Trump concernant le sport féminin, en vue des Jeux de Los Angeles. Ce décret nommé « Maintenir les hommes hors du sport féminin » menaçait également de « retirer tout financement » aux organisations autorisant les athlètes transgenres à participer aux compétitions féminines. Le président s’est d’ailleurs engagé à refuser des visas à certaines athlètes souhaitant participer aux Jeux. Le Comité olympique américain a mis à jour ses directives à l’intention des fédérations sportives nationales, invoquant son obligation de se conformer aux directives de la Maison-Blanche. 

Une politique exclusive et claire 

La politique d’admissibilité qui s’appliquera dès 2028 « protège l’équité, la sécurité et l’intégrité dans la catégorie féminine », a déclaré le CIO. Selon le Comité, dont la Charte olympique stipule que l’accès à la pratique sportive est un droit humain, cette politique n’est pas rétroactive et ne s’applique à aucun programme sportif amateur ou récréatif. 

À la suite d’une réunion de son comité exécutif, le CIO a publié un document de dix pages qui imposent également des restrictions aux athlètes féminines, telles que la coureuse Caster Semenya, double championne olympique, présentant des troubles médicaux connus sous le nom de « différences de développement sexuel » (DSD).  

La présidente du CIO, Kirsty Coventry, souhaite une politique claire plutôt que de continuer à conseiller les instances dirigeantes des sports qui avaient l’habitude de rédiger leurs propres règles. « Aux Jeux olympiques, même les plus petits écarts peuvent faire la différence entre la victoire et la défaite. Il est donc absolument clair qu’il serait injuste que des hommes biologiques participent aux épreuves féminines », déclare Mme Coventry dans un communiqué. 

En juin 2025, Kirsty Coventry a lancé une révision de la « protection de la catégorie féminine » comme l’une de ses premières grandes décisions en tant que première femme à diriger l’organisme olympique en 132 ans d’histoire. 

L’admissibilité des femmes constituait un thème central lors de l’élection du CIO de l’année dernière, qui comptait sept candidats, les principaux rivaux de Kirsty Coventry s’étant engagés à mener une politique plus ferme sur cette question. 

Des avantages physiques selon les recherches 

Avant les Jeux olympiques de Paris en 2024, trois sports avaient déjà adopté des règles excluant les femmes transgenres ayant traversé la puberté masculine, soit l’athlétisme, la natation et le cyclisme. Le document du Comité international olympique détaille ses recherches selon lesquelles le fait de naître de sexe masculin donne des avantages physiques qui sont conservés, même après qu’une personne ait changé de sexe. On peut y lire que « les hommes connaissent trois pics significatifs de testostérone : in utero, lors de la mini-puberté de la petite enfance et à partir de la puberté adolescente jusqu’à l’âge adulte » en plus de conférer aux hommes « des avantages individuels liés au sexe en matière de performances dans les sports et les épreuves qui reposent sur la force, la puissance et/ou l’endurance ». 

Le groupe d’experts du CIO s’accorde à dire que le test génétique actuel est « la méthode la plus précise et la moins intrusive actuellement disponible ». Le test recherche « le gène SRY, un segment d’ADN généralement présent sur le chromosome Y, qui initie le développement sexuel masculin in utero et indique la présence de testicules ». 

Les fédérations internationales et les instances sportives nationales organiseront ces tests chromosomiques, que les athlètes devront passer « une seule fois dans leur vie ». Ce dépistage obligatoire du genre est déjà pratiqué par les fédérations d’athlétisme, de ski et de boxe, bien que leur application soulève des difficultés pratiques et légales : en France, par exemple, les lois de bioéthique ne permettent pas de test génétique sans nécessité médicale.  

Une politique qui fait polémique 

Si Washington devrait applaudir cette nouvelle réglementation, plusieurs scientifiques, rapporteurs des Nations unies, juristes et organisations de défense des droits humains risquent de critiquer ce retour des tests génétiques dans le sport, soulignant qu’il n’existe toujours pas « de données scientifiques de qualité acceptable concernant un éventuel avantage de performance sportive » chez les personnes intersexes porteuses d’un gène SRY.  

Des experts auprès des Nations unies avaient de leur côté estimé que « l’incertitude scientifique » appelait des règles « fondées sur des preuves solides et spécifiques à chaque sport », alors que l’instance n’a rien publié de tel. D’un point de vue légal, 22 juristes de partout au monde ont appelé les athlètes et instances nationales à refuser les tests génétiques, qui violent selon eux, une cascade de lois nationales et internationales sur la non-discrimination, la bioéthique ou la protection de la vie privée. 

Concernant le sport féminin, ces règles d’éligibilité ont été le seul sujet abordé depuis un an, ce qui « détourne l’attention des vrais problèmes, comme le financement inégal, l’accès à la pratique sportive, les écarts de rémunération et les violences », déplore Andrea Florence de l’organisation Sport and Rights Alliance. 


Crédit : Christopher Furlong

Sarah Gendreau Simoneau
Rédactrice en chef et directrice du volet production, auparavant cheffe de pupitre SPORTS ET BIEN-ÊTRE at Journal Le Collectif  redaction.lecollectif@USherbrooke.ca  Web   More Posts

Passionnée par tout ce qui touche les médias, Sarah a effectué deux stages au sein du quotidien La Tribune comme journaliste durant son cursus scolaire, en plus d’y avoir œuvré en tant que pigiste durant plusieurs mois. Auparavant cheffe de pupitre pour la section Sports et Bien-être du Journal, et maintenant rédactrice en chef, elle est fière de mettre sa touche personnelle dans ce média de qualité de l’Université de Sherbrooke depuis mai 2021.

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