Critique: La jeune fille qui pleurait des perles 

Par Maëva Dubé 

Le décor de la ville de Montréal fait à la main. 

À l’occasion de la 98e cérémonie de remise des Oscars qui a eu lieu le 15 mars dernier au Dolby Theatre d’Hollywood, la catégorie du Meilleur court métrage d’animation a été remportée par le court-métrage La jeune fille qui pleurait des perles (The Girl Who Cried Pearls), réalisé par les montréalais Chris Lavis et Maciek Szczerbowski.  

Le court-métrage a été produit par l’Office national du film du Canada, qui collabore avec les deux animateurs depuis bientôt 20 ans. Il s’agit du premier Oscar que le duo d’animateurs gagne depuis leur nomination dans la même catégorie en 2007 pour le court-métrage Madame Tutli-Putli. Le prix du 15 mars était la culmination d’un succès notoire pour La jeune fille qui pleurait des perles qui avait déjà remporté plus de 14 mentions et prix et avait été projeté dans 45 festivals.  

La fable moderne, qui se base dans un univers montréalais précis, celui du début du 20e siècle, s’inscrit dans une histoire sur l’amour et la cupidité. Un garçon pauvre fait la rencontre d’une fille dont il va tomber amoureux. Cette fille, lorsqu’elle pleure, ses yeux font couler des perles. Le garçon est alors confronté à un dilemme moral, dilemme qui guidera ses actions tout au long du court-métrage de 17 minutes qui offre un regard mélancolique sur la perte de l’innocence, tout en faisant un hommage à la beauté et aux mystères des rues de Montréal. 

Une ode aux histoires 

Le ton nostalgique et la simplicité de l’action révèle une œuvre riche de sens, qui traite de thèmes universels comme l’amour ou la quête de richesse, ce qui la rend à caractère intemporelle. Les perles sont ainsi mises au deuxième plan face à l’histoire. Le duo montréalais, à travers leurs personnages, leurs décors et leur processus créatif, ont une signature artistique où la beauté de la vie mélangée à l’art traverse leurs œuvres. C’est ce qui est particulièrement réussi dans La jeune fille qui pleurait des perles, où les environnements délabrés deviennent le théâtre de l’amour et où tout ce qui est à l’écran est empreint d’une minutie soignée. En effet, le court-métrage a débuté pendant la pandémie de COVID-19 et a mis environ quatre ans et demi avant de se terminer. Une journée de tournage constituait trois secondes d’enregistrement, la majorité du temps. 

Le visuel est empreint de travail et le son est également très maîtrisé, ce qui rend à l’œuvre sa touche finale. La version française des dialogues est signée par James Hyndman, qui donne un ton chaleureux au récit, donnant vie aux personnages de cette fable enchantée. La musique de l’artiste montréalais Patrick Watson consolide l’univers poétique du film. La trame sonore devient un personnage à part entière, qui va guider le court-métrage dans ses divers rebondissements. 

Des personnages qui prennent vie sous le talent artistique 

Dans une vidéo expliquant le processus créatif du court-métrage, Chris Lavis dit qu’un personnage est une conversation entre trois personnes : l’acteur, l’animateur et le doubleur. En effet, bien que le spectateur perçoive un seul personnage, le travail d’équipe pour créer les personnages est crucial. Les acteurs et les actrices ont été filmés préalablement, jouant chaque scène, pour que chaque personnage à l’animation puisse bouger en gardant un aspect propre aux humains. Les acteurs et les actrices sont libres d’interpréter comme ils le désirent, et ensuite, les figurines à l’animation sont montées avec une grande précision.  

La directrice artistique, Brigitte Henry, explique que le tout est filmé avec trois angles et trois caméras différentes pour que, rendu à la période de sélection, l’équipe puisse choisir les plans idéaux.  

Les figurines sont créées autant avec du silicone, que de l’argile, qu’avec du plastique ou à l’aide d’une imprimante 3D. Les deux récits, un au passé et l’autre au présent, s’alternent. Les marionnettes du passé s’expriment par le biais de la pantomime alors que celles du présent sont les seules à avoir la bouche animée en images de synthèse. Le détail des mains et les yeux fixes des personnages avec des têtes disproportionnées à leur corps donnent un aspect unique et mélancolique à l’œuvre. 

Un processus créatif empreint de spontanéité 

Les jeux de lumières sont faits avec brio, alternant entre la noirceur et la clarté, comme la vie des personnages. Un œil qui regarde l’objectif est isolé dans un trou du mur, avec autour des papiers journaux, une boîte de chocolat sur le pied d’une porte, un magasin de prêt sur gages avec de multiples objets miniatures : voilà ce qui fait le génie du décor. 

L’équipe derrière le court-métrage a récupéré plusieurs objets dans les rues de Montréal, dans les friperies, issus de leurs créations antérieures ou de maisons de poupées pour créer un univers où chaque détail est important. À travers des maquettes créées à la main, ces objets, tels qu’une minuscule raque à bicyclette, des guitares ou des flacons de médicaments, se retrouvent dans ce décor.  

Le court-métrage oscarisé mérite une écoute pour célébrer l’art d’ici et le talent qui est présent parmi nous. Le travail rigoureux et empreint de créativité de l’équipe de La jeune fille qui pleurait des perles lui a valu un rayonnement international, ainsi qu’une reconnaissance importante. 

Le film s’adresse à un public adolescent et adulte, avec un visionnement recommandé dès 8-10 ans. La jeune fille qui pleurait des perles est offert gratuitement sur le site onf.casur YouTube et sur toutes les applications de l’ONF. Le court-métrage est disponible (en anglais seulement) aux abonnés de Crave. 


Source : ONF

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