Pas une de plus ! 

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Au Québec, le nombre de féminicides en moins d’un mois depuis le début de l’année est grimpé à cinq. 

Chaque année, on repart à zéro le 1er janvier pour compter, encore en 2026, le nombre de femmes tuées par un homme, un conjoint ou un ex-conjoint la plupart du temps, tout au long de l’année. Le lourd bilan de 16 féminicides perpétrés l’an dernier ne présage rien de bon, alors que déjà, en moins d’un mois, on en compte cinq. 

Cinq femmes tuées parce qu’elles vivaient de la violence conjugale. Cinq femmes tuées parce qu’elles étaient des femmes. C’est un début d’année alarmant en ce qui concerne les meurtres en contexte conjugal dans la province.  

Tadjan’ah Desir, 31 ans, a été poussée en bas d’un balcon par son ex-conjoint à la suite d’une dispute, à Montréal. Mary Tukalak Lqiquq, 54 ans, a été tuée par son conjoint avant que celui-ci s’enlève la vie, à Puvirnituq. Susana Rocha Cruz, 44 ans, a été retrouvée dans le fleuve Saint-Laurent, à Québec, après avoir été portée disparue. Son conjoint a depuis été arrêté. Véronic Champagne, 40 ans, aurait été tuée par son conjoint avec une arme blanche dans son logement incendié de Rougemont. Puis, Marie-Kate Ottawa, 39 ans, a été tuée par son ex-conjoint, qui s’est suicidé par la suite, à Manawan. 

Se mobiliser pour dénoncer 

En Mauricie, la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM) organise des rassemblements, depuis l’an dernier, tous les jeudis suivant un féminicide déclaré au Québec. Ces actions de mobilisation visent à dénoncer les actes, à rendre hommage aux victimes et, surtout, à sensibiliser la population à une violence.  

Joanne Blais, directrice de la TCMFM, est d’avis que les organismes sur le terrain font de leur mieux avec les ressources limitées dont elles disposent. « Chaque féminicide nous rappelle que notre travail est loin d’être terminé. Chaque mobilisation, chaque action compte pour que cette violence cesse enfin. » 

Les maisons d’hébergement débordent partout, la pression est importante. La construction de nouvelles maisons est primordiale, mais les critères actuels ne correspondent plus à la réalité, explique Sabrina Bernier, directrice générale de la Maison de Connivences à Trois-Rivières. Elle plaide notamment pour la mise en place urgente d’un programme dédié aux maisons d’hébergement, adapté aux besoins réels des femmes et des enfants victimes de violence. Elle insiste également pour dire que, même quand les maisons d’hébergement manquent de place, les organismes sont disponibles, qu’il faut contacter et demander de l’aide le plus rapidement possible. 

Des statistiques qui font mal  

Selon les données de Statistique Canada, en 2024, le pays a connu une hausse des féminicides, avec environ 81 femmes tuées par un partenaire intime. Au Québec, 25 féminicides ont été enregistrés durant la même période.  

La situation actuelle est incompréhensible. Malheureusement, il n’y a pas de prétexte précis pour la violence conjugale, parce que la violence conjugale n’est pas une perte de contrôle, mais bien une prise de contrôle d’une personne sur une autre personne. Certains facteurs peuvent influencer la violence conjugale, comme des problèmes financiers, des problèmes au travail, des problèmes de consommation, mais ce ne sont pas les causes de la violence conjugale ; c’est le déséquilibre de pouvoir. Quand quelqu’un veut prendre le contrôle, il veut prendre le pouvoir sur l’autre personne. 

Les femmes peuvent aussi être autrices de la violence. Mais, selon les statistiques au Québec, 75 % des victimes de violence en contexte conjugal et 100 % des victimes d’homicide conjugal sont des femmes.  

Mesures pour sauver des vies de femmes 

Dans la foulée du nombre déjà élevé de féminicides en 2026 et à la suite des lourds bilans des dernières années, la porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, demande à la CAQ de mettre en place trois mesures concrètes pour prévenir les féminicides. 

« Ces crimes sont évitables. Je refuse de voir la hausse des féminicides comme une fatalité, parce que je sais qu’on peut se donner les moyens que plus aucune femme ne soit tuée. Par exemple, comment ça se fait que, quand un récidiviste brise ses conditions, l’évaluation du danger par le tribunal n’est pas obligatoire ? C’est absurde. On doit tout faire pour aider les policiers et le système de justice à faire leur travail, en ajoutant des ressources policières spécialisées en violence conjugale ! », a déclaré Mme Ghazal. 

Selon Québec solidaire, il faudrait rendre obligatoire l’évaluation des récidivistes, pour notamment exiger plus facilement le bracelet antirapprochement, augmenter les ressources policières spécialisées en violence conjugale et adopter une Loi Gabie Renaud.  

Une Loi Gabie Renaud, nommée d’après une femme tuée en 2025 à Saint-Jérôme par son conjoint multirécidiviste, calquée sur le modèle de la Loi de Clare en Angleterre et en Saskatchewan, permettrait aux femmes et à leurs proches d’avoir accès aux antécédents judiciaires des hommes violents. Il s’agirait d’un outil de plus à coût nul, explique la porte-parole. 


Source : Adobe Stock

redaction.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts
Scroll to Top