La fin du Liverpool 

Par Elizabeth Gagné 

Annie Faucher et Charles Gauthier dans leur établissement du Liverpool. 

Depuis les derniers mois, le centre-ville de Sherbrooke a connu de nombreux changements qui ont marqué le paysage urbain. Plusieurs établissements bien ancrés dans la vie du Centro ont fermé leurs portes ou ont déménagé. Parmi ces fermetures marquantes, celles du Auguste et du Liverpool.  

L’annonce de la fermeture du Liverpool a été faite sur les réseaux sociaux, le 28 décembre dernier, par Annie Faucher, copropriétaire du resto-bar. Elle qualifiait alors cette décision de « déchirante ». 

Une suite d’événements difficiles 

Le 23 janvier 2024, la Wellington Sud a été frappée par un incendie majeur. Le bâtiment situé entre le Café Bla-Bla et le Liverpool a été ravagé par les flammes, causant d’importants dommages aux deux entreprises voisines. Pour Annie Faucher et Charles Gauthier, propriétaires depuis 34 ans du resto-billard, cet événement a été un véritable choc. Malgré tout, le couple est allé au bout des démarches afin d’évaluer la possibilité de faire renaître le travail de leur vie.  

Après réflexion, la décision de ne pas rouvrir le Liverpool a été prise. Une décision influencée par de nombreux facteurs. « Parfois, la vie t’envoie des signes », explique Annie Faucher. Le contexte économique actuel leur a été peu favorable. « Le prix des matériaux de construction a considérablement augmenté depuis quelques années. Le coût des rénovations que nous avions [investi] sur la bâtisse en 2023 vaut aujourd’hui le double », souligne-t-elle. 

À cela s’ajoute une réalité plus difficile pour le milieu du divertissement. Le facteur humain a également pesé dans la balance. « Charles et moi, on n’a plus vingt ans », ajoute-t-elle. De nouveaux défis personnels sont aussi venus sceller la décision du couple. L’élection d’Annie Faucher au conseil municipal de Sherbrooke, de même que l’annonce de son cancer agressif, ont renforcé leur choix de fermer définitivement le bar. 

Une histoire d’amour 

Derrière le Liverpool se cache avant tout une histoire d’amour et de famille. C’est le père de Charles Gauthier qui leur a proposé, à l’origine, d’ouvrir un salon de quilles au deuxième étage de l’immeuble. Il leur a donné carte blanche pour réaliser ce rêve qu’il nourrissait depuis longtemps. Le couple, alors gestionnaire, est rapidement devenu propriétaire et a poursuivi l’aventure pendant près de 34 ans. Le Liverpool est ainsi devenu le projet d’une vie, mais aussi le projet d’un couple uni par la passion et l’entrepreneuriat. 

Au fil des années, Annie Faucher et Charles Gauthier ont su s’adapter et se moderniser afin de répondre aux attentes d’une clientèle en constante évolution. Le Liverpool a connu au moins cinq agrandissements depuis son ouverture. « On a toujours été à l’écoute de nos clients et à l’affût de ce qui pouvait représenter une nouvelle expérience pour eux. C’est ce qui a amené la cuisine en 1999-2000, la cigare room en 1998, les musiciens, les formules coopératives, etc. », explique Annie Faucher. 

La musique occupait une place centrale au Liverpool, tout comme dans la vie personnelle du couple. Avant de se lancer en affaires, Charles Gauthier était ingénieur de son et Annie Faucher était musicienne et chanteuse. Ils avaient le désir profond d’intégrer cet amour de la musique à leur établissement. Des musiciens de Sherbrooke venaient ainsi jouer au Liverpool trois fois par semaine, contribuant à créer une ambiance chaleureuse et authentique. Cette passion pour la musique s’est également transmise à leurs fils. 

Un succès entrepreneurial 

Malgré la fermeture, Annie Faucher et Charles Gauthier souhaitent rappeler que le Liverpool a été un véritable succès entrepreneurial. « Durant 34 ans, le Liverpool s’est taillé une place de choix au centre-ville de Sherbrooke », explique Annie Faucher. L’établissement est rapidement devenu un lieu de prédilection pour la communauté étudiante, mais aussi un espace de rencontre intergénérationnel. « Tu pouvais avoir des gens de 18 ans et de 70 ans dans la même bâtisse au même moment, et tout le monde se sentait à l’aise. C’était un tour de force de créer cette ambiance multigénérationnelle », souligne-t-elle avec fierté. 

Le succès du Liverpool reposait également sur l’importance accordée au travail d’équipe. « Sans une équipe efficace, tu n’es rien en tant qu’entrepreneur. C’était l’une de nos plus grandes forces », affirme Annie Faucher. Le couple a toujours mis de l’avant une philosophie entrepreneuriale basée sur le respect et le bien-être des employés. « On voulait que les gens qui travaillaient pour nous soient heureux de ce qu’ils faisaient. » 

Vert & Or 

Ancienne étudiante impliquée dans plusieurs comités à l’Université de Sherbrooke, Annie Faucher avait à cœur de tisser des liens solides avec la communauté étudiante. « Très tôt, au début du Liverpool, c’était important pour nous de nous positionner comme partenaires des étudiants », explique-t-elle. 

Le Liverpool a aussi fait partie du système de parrainage du football du Vert & Or. Pendant un certain temps, des joueurs de football ont été engagés comme portiers. Plus tard, Annie Faucher et Charles Gauthier sont devenus ambassadeurs pour la Fondation du Vert & Or, renforçant davantage leur lien avec la communauté universitaire. 

Pour le couple, le Liverpool restera à jamais le projet d’une vie. Ils en retirent une immense gratitude, beaucoup de fierté et d’innombrables souvenirs. Aujourd’hui, ils regardent vers l’avenir et doivent relever de nouveaux défis. Actuellement, Annie Faucher et Charles Gauthier rencontrent différents entrepreneurs intéressés à reprendre l’affaire, laissant entrevoir l’espoir de voir un nouveau visage apparaître dans l’ancien bâtiment. 


Source : Liverpool

Elizabeth Gagné
Cheffe de pupitre CULTURE  culture.lecollectif@usherbrooke.ca   More Posts

Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Travaillant de pair avec ses collègues depuis 2022 à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la faculté d’éducation, elle travaille également depuis un an au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Intriguée par tout ce qui nous rend profondément humains, elle souhaite élargir et approfondir le sens de la culture en proposant des articles parfois hors normes.  

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