Par Elizabeth Gagné

Le 15 janvier a eu lieu le vernissage de la nouvelle exposition à la galerie d’art Antoine-Sirois de l’Université de Sherbrooke (UdeS). Les artistes en photographie et en peinture, Clara Lacasse et François Lacasse, y présentent leur projet intitulé Diaphanoscopie. Cette exposition offre un regard croisé sur leurs pratiques et révèle un ensemble inédit né d’un dialogue artistique entre les deux créateurs.
Le titre de l’exposition, Diaphanoscopie, fait référence à une méthode médicale utilisant la lumière pour observer les couches profondes du corps par la transparence. Ici, la transparence et la maîtrise de la lumière sont des thèmes centraux qui réunissent les deux artistes. Leurs œuvres révèlent, chacune à leur manière, des dimensions invisibles au premier regard.
Une complicité unique apparente
« L’exposition est née du désir de réunir, pour la première fois, François et Clara Lacasse, père et fille, autour d’un dialogue entre leurs univers créatifs. Le public est invité à observer les résonances entre le travail photographique de Clara et la peinture de François, et à découvrir comment ces deux médiums se répondent et se révèlent mutuellement », explique Roxanne Labrèche P., directrice artistique de la galerie d’art Antoine-Sirois.
Bien que leurs médiums diffèrent, leurs pratiques entrent en dialogue à travers plusieurs affinités. Cette relation se manifeste notamment dans leur approche intuitive, leur curiosité pour divers phénomènes et leur attention portée à l’objet et à sa matérialité. Dans cette exposition, François Lacasse développe une réflexion approfondie sur la peinture à partir d’un travail de superposition de la matière. Sur de vastes toiles abstraites et vaporeuses, des strates de pigments élaborées dans son atelier-laboratoire se déploient pour créer des jeux de profondeur et de transparence qui structurent l’œuvre. Le parcours retrace une longue carrière et révèle la figure d’un véritable « scientifique fou », dont les créations sont à la fois colorées et hypnotiques.
De son côté, Clara Lacasse explore les lieux et les objets à travers une pratique photographique d’inspiration documentaire. Bien que l’intervention humaine y soit perceptible, toute figure en est absente. Par des choix techniques subtils, elle adoucit le réel et y pose un regard sensible, faisant émerger des espaces habités par une présence invisible et des récits suggérés. Dans cette exposition, plusieurs photographies sont issues de sa documentation entourant les rénovations du Biodôme de Montréal. « Avec son œil artistique, dit Roxanne, elle a capturé des moments voilés magnifiques. »
Diaphanoscopie est présentée du 15 janvier au 4 avril 2026 à la galerie d’art Antoine-Sirois, au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. L’entrée est gratuite pour les étudiantes et les étudiants de l’UdeS qui peuvent profiter de cet espace pour se ressourcer.
De la lumière sur la carrière des artistes
François Lacasse est un artiste peintre établi à Montréal. Titulaire d’une maîtrise de l’Université du Québec à Montréal, il y a enseigné de 2001 à 2016. Membre de la Galerie B-312 depuis 1992, il est actuellement représenté par la Galerie Blouin/Division. Son travail a été présenté dans de nombreuses expositions individuelles et collectives au Québec et au Canada, notamment au Musée d’art contemporain de Montréal, au Musée national des beaux-arts du Québec et celui de Montréal ainsi qu’au Musée d’art de Joliette, qui lui a consacré une exposition bilan ayant circulé à l’échelle canadienne.
Clara Lacasse est une artiste en arts visuels dont la pratique photographique s’inspire de la construction de récits liés à l’Histoire, à la nature, aux sciences et à l’imaginaire collectif. À travers ses projets, elle interroge la culture visuelle et l’image comme outil de connaissance et de pouvoir. Son travail, souvent développé en collaboration avec des organismes scientifiques, médicaux, juridiques ou culturels, explore le dialogue entre science et culture. Titulaire d’un baccalauréat en beaux-arts, majeure en photographie, de l’Université Concordia, elle a présenté sa première exposition solo à la Galerie d’art Desjardins de Drummondville en 2021.
Corpus commun
Avant même de connaître le lien de parenté entre les deux artistes, la directrice artistique de la galerie d’art suivait déjà leur travail avec admiration et souhaitait un jour collaborer avec eux. Pour la première fois, les œuvres du père et de la fille sont exposées ensemble. C’est aussi une première parce qu’un corpus inédit est présenté. Au total, dix œuvres originales sont exposées, dont cinq photographies sélectionnées par Roxanne et Clara, et cinq autres photographies que François a fait imprimer sur de grandes toiles et sur lesquelles il est intervenu avec sa peinture.
« C’est assez fascinant de comparer la peinture à la photographie, on ne fait pas vraiment cela d’habitude. Cela dit, la peinture est l’ancêtre de la photo. Avant, lorsqu’on voulait représenter des membres de la royauté, par exemple, on peignait leurs portraits. »
Jouant aussi avec l’idée de l’intergénérationnalité, Mme Labrèche P. souhaite que le public puisse percevoir l’évolution du travail de François à travers les années, et comment l’impact de la génération précédente influence, même à travers des médiums différents, le travail de la génération suivante. Même si le travail de Clara et François est différent, on peut entrevoir comment Clara a été influencée par les couleurs que son père a développées durant son enfance.
Crédit : François Lacasse

Elizabeth Gagné
Étudiante à la maîtrise en histoire, Elizabeth a toujours été passionnée par les arts et la culture. Travaillant de pair avec ses collègues depuis 2022 à promouvoir le programme des Passeurs culturels à la faculté d’éducation, elle travaille également depuis un an au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Intriguée par tout ce qui nous rend profondément humains, elle souhaite élargir et approfondir le sens de la culture en proposant des articles parfois hors normes.
