Sam. Mai 14th, 2022

Par Hélène Bughin

C’est le jeudi 9 décembre dernier que se bouclaient les classes de maître du Bureau estrien de l’Audiovisuel et du Multimédia (Le BEAM). Louka Boutin, directeur de photographie de métier, a présenté le film Blue Valentine (2010) de Derek Cianfrance pour discuter de l’importance de l’image dans la manière de raconter l’histoire. De l’angle de vue à la luminosité, aucun détail n’est laissé de côté pour reproduire une émotion.

Les présentations de cet automne auront touché autant au montage qu’au jeu d’acteur. L’ultime invitation à échanger avec un professionnel du milieu a permis de saisir la complexité de l’équipe derrière le film : si le directeur photo est un aspect important de la réalisation, il s’occupe à lui seul d’une multitude de secteurs tout aussi complexes.

 Un parcours riche et diversifié

Louka Boutin a commencé à l’UQAM, en cinéma. Il s’est ensuite spécialisé en direction de photographie dans le cadre de ses premières collaborations. Il a fait ses premières armes avec des courts-métrages et est aujourd’hui impliqué dans de plus gros projets. Cette année, il travaille de pair avec sa conjointe à la réalisation de leur premier long-métrage.

Le conférencier cite ses expériences pour décortiquer les départements qui composent le monde de la photographie au cinéma. Si la direction photo dirige l’image, il y a aussi tout l’environnement autour à contrôler. Toujours dans le but d’arriver à la vision de la réalisation, c’est trois secteurs qui entrent en jeu : caméra, éclairage et machinerie.

Comme un chef d’orchestre

Le directeur de photographie établi depuis peu en région prend également pour exemple les contraintes de temps pour illustrer l’importance d’un bon éclairage. « Il a peu de temps de luminosité, en une journée. Un bon directeur photo saura reproduire une journée ensoleillée », précise celui qui a récemment travaillé sur le film Flashwood. Il s’agit de se donner les moyens du « comment » et de bien entrer dans le scénario proposé.

Le cadrage, la focalisation, la manière dont le soleil entre dans la pièce… Chaque film a son langage personnel qui renvoie à son propos. Ne pouvant laisser les détails visuels au hasard, le directeur de photographie s’assure que les techniciens se coordonnent pour rendre au meilleur de leur capacité l’émotion demandée. « L’angle de vue peut faire toute la différence. L’utilisation d’un dolly peut complètement changer la manière dont est perçu le moment ».

Le diable est dans les détails

S’il a choisi le film Blue Valentine, c’est que la réalisation du film, mettant en vedette Ryan Gosling et Michelle Williams dans le rôle d’un couple dont la relation dépérit, a choisi une pellicule de 16 mm pour capturer la jeunesse des protagonistes tandis que le temps présent est illustré en une image numérique. Un choix relativement subtil, mais qui est porteur de sens.

Boutin pointe également d’autres choix esthétiques qu’il est possible de remarquer lors du visionnement : la longueur focale qui renvoie à la distance entre les personnages; le cadrage plus serré dans le présent, alors que leur relation étouffe. Avec ses informations au début du film, il a été possible pour le public de comprendre concrètement comment ces éléments, mis ensemble, réussissaient à reconduire le malaise du duo.

Des rencontres réussies

Pour le BEAM, c’est mission accomplie. Les classes de maître ont été pensées de manière à faire découvrir les métiers moins familiers, qui restent bien souvent derrière l’écran. Pour l’organisme, ces dialogues permettaient de saisir le portrait de famille qui est cette équipe cinématographique. Il s’agissait aussi de joindre l’utile à l’agréable; d’une mise en commun.

Somme toute, les retours ont été positifs. Si plusieurs personnes dans la salle avaient déjà une familiarité avec le milieu, d’autres étaient néophytes. Dans tous les cas, il a été possible d’explorer des aspects du domaine artistique peut-être moins connus. Pour les intervenants et intervenantes, même si les occasions sont rares pour parler de leur art, l’exercice leur a permis d’avoir un nouveau regard sur leur propre pratique. Le BEAM prévoit recommencer le cycle des classes des maîtres d’ici le printemps prochain. Peut-être même accompagné de formule 5 à 7. « On pense également diffuser les événements en ligne, dans le but de conserver une trace du savoir qui est dispensé », confirme la responsable des communications du BEAM, Myriam Rioux-Denis.

Un milieu en pleine transformation

La mission du Bureau estrien de l’Audiovisuel et du Multimédia est de démocratiser, d’aimer et de regrouper les ressources humaines de son industrie, en région. Louka Boutin le précise en début de présentation : travailler en Estrie représente pour lui un grand avantage. Il se sent porté par les possibilités. Pour le BEAM, le milieu du cinéma est en plein bouillonnement… et manque tout de même de main-d’œuvre. « Le rythme de travail est particulier, souligne Myriam Rioux-Denis, les horaires sont atypiques, mais c’est une belle industrie méconnue ». Les productions sont présentes, mais il manque de spécialistes.

En effet, le BEAM observe que la réflexion autour de la production médiatique en région n’est pas la même qu’en ville. Toutefois, le nombre de travailleurs et travailleuses sur son territoire est encore restreint. « Il y a une perception… que le cinéma, c’est le réalisateur seulement, mais il y a tout un groupe de personnes, aussi créatives que techniques, qui sont importantes ». La représentante du BEAM cite la communication, la coordination de projets, la machinerie comme domaines possibles. Elle espère que les classes de maître pourront connecter le public avec des métiers pertinents.

Et pour l’avenir?

Le BEAM compte, pour la période hivernale, animer son organisme de différents ateliers et spectacles. On peut compter le spectacle de Simon Leoza, le 18 février prochain, ou encore le Camp créatif pour compositeur, de la musique à l’image. Elle compte également reprendre ses classes de maître, toujours dans le but de décortiquer des professions du cinéma. Par ces différentes activités, le BEAM espère confirmer sa mission de professionnaliser le cinéma en région.


Crédit photo @ Hélène Bughin