Jeu. Avr 18th, 2024

Par Sarah Gendreau Simoneau 

Bien que les sociétés changent et évoluent trop peu trop tard, le racisme et le manque de diversité dans le sport demeurent présents. Malgré le mouvement Black Lives Matter et tout ce qui en a découlé, certains continuent de s’acharner et l’ouverture n’est pas au rendez-vous, même si quelques progrès s’opèrent.  

Un exemple parmi tant d’autres a eu lieu le 22 janvier dernier, dix jours après l’incident raciste envers le Québécois Bokondji Imama dans la Ligue américaine de hockey (LAH). Jacob Penetta, un ancien attaquant des Icemen de Jacksonville dans la East Coast Hockey League (ECHL), a effectué un geste racial en direction de Jordan Subban, défenseur des Stingrays de la Caroline du Sud. Le geste en question était une pose imitant celle d’un singe alors que Subban était escorté par un officiel un peu plus loin. Le joueur a alors fait volteface pour revenir vers Penetta et les deux ont commencé une bataille à laquelle plusieurs autres joueurs se sont joints.  

L’attaquant a tenté de se défendre par la suite dans une vidéo expliquant qu’il a imité une pose que prennent les culturistes. Il a même dit avoir posé ce geste à l’endroit d’autres joueurs lors de matchs antérieurs. Les dirigeants de la ECHL ont annoncé, le lendemain de l’incident, que Jacob Penetta était suspendu pour le reste de la saison, donc pour 38 matchs. Dans la LAH, Krystof Hrabik avait écopé d’une suspension de 30 matchs pour ses gestes du 12 janvier, selon La Presse.  

La Ligue nationale de hockey (LNH) a aussi parlé de la situation en affirmant dans un communiqué que « les gestes de nature raciste, au hockey ou à l’extérieur, sont odieux ». Elle a également dit vouloir continuer d’offrir des ressources pour éduquer et informer les gens qui en ont besoin pour rendre le hockey plus accueillant pour tous les joueurs ainsi que pour les partisans.  

Un manque de diversité dans les postes 

En plus des gestes et paroles racistes au sein des joueurs, il y a un cruel manque de diversité dans les postes de direction et d’entraîneur et le circuit des sports professionnels en Amérique du Nord essuie les critiques depuis des années, selon Radio-Canada Sports. Dans une enquête menée par CBC Sports, 400 postes ont été analysés et environ seulement 10 % étaient occupés par des Noirs, des Autochtones ou des personnes issues de différents groupes ethniques. Pourtant, partout sur les sites des universités, il est inscrit qu’un des grands principes est la diversité et l’inclusion.  

Plusieurs organisations et entreprises ont dû reconnaître, dans les dernières années, un manque de diversité parmi la haute direction et visent maintenant à remédier à la situation et à lutter contre le racisme systémique dans leur manière de mener leurs affaires à l’interne et à l’externe, et le monde du sport n’y a pas échappé. Surtout à la suite de la mort de George Floyd, les ligues professionnelles en Amérique du Nord ont rédigé des déclarations pour condamner le racisme et ont promis de faire mieux parce que leurs joueurs ont exigé des changements le plus rapidement possible.  

Un essoufflement des mouvements antiracistes? Au contraire! 

Janelle Joseph, professeure adjointe qui étudie les questions raciales à l’Université de Toronto, affirme que les mouvements sont bel et bien encore vivants, mais qu’ils ont migré en coulisse, relate Radio-Canada. Les changements continuent de s’élaborer, sans nécessairement qu’il y ait boycottage de matchs ou grandes manifestations. « Tout le monde sait désormais que le changement est nécessaire. Les conversations ont simplement progressé. On se demande maintenant comment faire pour qu’il se matérialise et à quoi peut-il ressembler », développe madame Joseph.  

Le changement s’organise également au sein des équipes les plus influentes pour ce genre de discours. Le vice-président à la culture organisationnelle et inclusion des Raptors de Toronto, John Wiggins, explique que son équipe a une grande influence au Canada. Il ne veut pas s’en tenir qu’au sport pour influencer positivement les communautés à travers le pays. Ils vont dans les écoles, dans les centres communautaires pour partager et raconter leur histoire pour provoquer le changement dans les esprits de tous. 

Bien que les mentalités d’ouverture et d’inclusion soient loin d’être atteintes par tous dans le sport, Fabrice Vil, fondateur de l’organisme Pour 3 Points, voit les acteurs du monde sportif comme des artisans de changement social au potentiel immense, selon Radio-Canada Sports. Monsieur Vil est impressionné tout de même du chemin parcouru, bien qu’il reste un travail de longue haleine à faire. « Le Club de Foot de Montréal attire les louanges pour son extraordinaire implication dans la cause des droits des Noirs. Il y a une partie de la population qui se sent vue par l’équipe elle-même et par les athlètes, ce n’est pas anodin », explique-t-il.  

Il parle notamment aussi du rôle des entraîneurs sur le racisme systémique. Il avait proposé, lors du Sommet du sport de Montréal à la fin de 2020, que les entraîneurs puissent suivre des formations sur le racisme pour développer un rôle de mentor auprès des jeunes. « Une réflexion sur soi-même, c’est la première étape, pas parce que les entraîneurs sont particulièrement racistes, mais parce que le racisme systémique est souvent inconscient. » 

Le dialogue, une clé importante 

Fabrice Vil évoque que de consulter davantage les différentes communautés et prendre compte de leurs envies et de leurs moyens aiderait les villes à mieux soutenir les jeunes issus des minorités à se lancer dans le sport, mais aiderait également aux autres à s’ouvrir à la discussion et à la tolérance de tous. « Il n’y a pas de solution unique au racisme, mais plus on va démontrer collectivement que le milieu sportif est un partenaire dans un contexte de crise, plus collectivement on va avoir une force qui a fait sa démonstration », conclut-il.  


Crédit photo @ Getty Images

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