Mer. Juil 10th, 2024

Par Amandine de Chanteloup

Depuis la mise en place d’une nouvelle signalisation dans les tunnels de l’Université de Sherbrooke, il est devenu aisé de s’y promener et de s’offrir une petite dose d’art, mais aussi de pédagogie. Effectivement, à l’entrée du tunnel D4 se situe un curieux petit site archéologique. Dans le cadre du cours d’introduction à l’histoire et à l’archéologie de l’art rupestre, des étudiants ont pu se plonger dans la peau d’artistes d’autres temps, puis dans la peau d’archéologues, accompagnés par la professeure Adelphine Bonneau.

Durant la session d’hiver 2022, la professeure Adelphine Bonneau a accompagné ses étudiantes et étudiants du cours HST289, Introduction à l’histoire et à l’archéologie de l’art rupestre, dans les tunnels de l’université à maintes reprises, afin de recréer le schéma opératoire de la création d’une œuvre d’art rupestre. Les tunnels leur ont donc servi de grotte fictive pour cette expérience pédagogique. Ainsi, ils ont tenté de se mettre à la place de ces artistes d’antan pour comprendre comment ces derniers avaient réalisé leurs peintures, comment ils les avaient appliquées, mais également, comment ces œuvres se sont conservées. Par la suite, les personnes étudiantes ont enfilé les gants d’archéologues fictifs afin de comprendre comment enregistrer une découverte archéologique.  

Marcher dans les pas des anciens

L’art rupestre est, par définition, tout type d’art apposé sur un aplat rocheux, qu’il s’agisse de peinture ou de gravure. Ainsi, les murs des tunnels de l’université sont, d’une certaine manière, parsemés d’art rupestre, même s’ils n’ont pas l’allure préhistorique des représentations situées à l’entrée du pavillon D4. Dans le domaine de l’archéologie, l’étude et la datation de certaines œuvres permettent de comprendre le fonctionnement des sociétés humaines antérieures.

L’exercice réalisé par ce groupe d’étudiants leur a donc permis de saisir la complexité de la réalisation de telles œuvres. Effectivement, la professeure Adelphine Bonneau leur avait apporté divers matériaux bruts, comme de l’ocre, des œufs, du charbon de bois, en plus de leur proposer le choix de divers outils, pinceaux, tampons, doigts, pailles, afin qu’ils tentent par eux-mêmes de reproduire plusieurs figures déterminées préalablement. Les techniques qu’ils ont imitées sont semblables à celles utilisées par les humains depuis des millénaires. Toutefois, le but de l’exercice était aussi de comprendre qu’il est parfois impossible de retrouver certains éléments de création, malgré les avancées scientifiques.

L’exercice d’archéologue

Après avoir réalisé leurs œuvres, allant des figures autochtones à la main positive classique, les personnes étudiantes ont pu endosser le rôle d’archéologue pour apprendre comment enregistrer un site archéologique, ici, la grotte fictive des tunnels à l’entrée du D4. C’est par ce processus que des archéologues doivent passer lors de la découverte d’un véritable site archéologique. Ainsi, à l’aide de feuilles de calque, ils ont retracé les contours de leurs figures, avant de remplir un formulaire fictif d’enregistrement.

Cet exercice est on ne peut plus pertinent pour les étudiants, puisqu’il leur a permis de sortir de l’habituel cadre théorique auquel ils sont bien souvent limités, ce qui permet un enrichissement important de leur façon de percevoir l’Histoire. Se salir les mains, s’improviser artiste et archéologue était donc pour eux une véritable expérience. Adelphine Bonneau, professeure adjointe au département d’histoire ainsi qu’au département de chimie, est une spécialiste de l’art rupestre au Canada, mais aussi en Afrique. Elle a pu encadrer ses étudiants dans cette activité afin de leur faire découvrir un aspect différent de l’étude de l’art rupestre. Son but était de permettre une mise en situation pratique dans un lieu accessible où les étudiants pourront revenir.

Cette accessibilité permanente fait également partie de l’apprentissage de ces étudiants, car ils pourront constater par eux-mêmes de la viabilité des mélanges de peintures qu’ils ont réalisés. Effectivement, si les peintures rupestres datant de la préhistoire ont survécu au passage du temps, cela ne sera pas le cas de toutes ces œuvres ! C’est une très bonne manière de constater si leurs techniques égalaient celles des artistes de la préhistoire.

Une activité hors du commun

Ces étudiants et ces étudiantes, pour la plupart dans le programme d’histoire, n’auraient jamais songé faire de l’art plastique dans l’un des cours de leur programme. En plus de leur permettre de passer de la théorie à la pratique, cette activité a également permis aux élèves de se rassembler et de s’entraider. En effet, la situation pandémique actuelle permettait rarement de réaliser des activités de groupe comme celle-ci. Cet atelier a donc permis aux étudiants de retrouver un semblant de normalité en étudiant dans des conditions plus stimulantes, en s’encourageant et en échangeant tout en réalisant leur travail, choses qui manquaient aux élèves depuis le début de la pandémie.

Un art qui est là pour rester

L’UdeS, ayant été emballée par le projet, a conclu que les peintures réalisées dans le cadre de ce cours ne seront pas effacées. Ainsi, si vous avez à passer par le tunnel menant au pavillon D4, vous aurez la chance de pouvoir admirer ce mur recouvert de peintures qui semblent tout droit sorties d’un livre d’histoire. De plus, ce mur sera en proie à d’autres nombreuses transformations, puisqu’il accueillera les nouvelles figures des cohortes futures, qui apposeront à leur tour leur patte sur les murs des tunnels universitaires.


Crédit image @ Amandine de Chanteloup

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