Mer. Avr 17th, 2024

Par Josiane Demers 

Davantage connue du grand public québécois depuis son entrée dans la maison de Big Brother Célébrités l’an dernier, Tranna Wintour, artiste multidisciplinaire et femme trans, a le vent dans les voiles. Après avoir compris très jeune qu’elle avait un esprit artistique, c’est il y a presque 10 ans qu’elle a décidé de se lancer en humour, son médium de prédilection. Au-delà de son parcours professionnel, la Montréalaise s’implique également socialement, particulièrement sur les médias sociaux, qu’elle ose utiliser comme plateforme de dénonciation.  

Se disant engagée sans être nécessairement en mission, elle est simplement impliquée de nature. Elle explique toujours essayer de parler avec intention et être la plus réfléchie possible. Sensible, il est impossible pour elle de rester silencieuse lorsqu’elle est confrontée à certains enjeux. En restant elle-même, elle fait œuvre utile. 

«Aucune patience pour la discrimination» 

Au centre des problèmes sociaux qui lui donnent envie de s’engager se trouve la discrimination. Pour Tranna Wintour, malgré certaines théories académiques expliquant des comportements discriminatoires, comme un manque d’éducation ou une situation socio-économique difficile, rien ne justifie la haine ou la peur de l’autre.  

Je n’ai jamais compris l’idée d’avoir peur de l’autre. C’est une personne, qu’est-ce qu’il peut y avoir d’épeurant? – Tranna Wintour 

Pour elle, la discrimination est tout simplement illogique. Le racisme, le sexisme et l’homophobie sont tous des comportements qu’elle dénonce et elle est particulièrement touchée par la transphobie. Ayant grandi dans les années 1990, alors que chaque année semblait de plus en plus progressiste, elle se sent parfois impuissante face à cette tendance actuelle à la régression. Elle souligne d’ailleurs l’invalidation du jugement historique de la Cour Suprême Roe v Wade, qui garantissait un accès à l’avortement partout au pays considérant que ce droit était protégé sous le 14e amendement. Ce sont maintenant les États qui légifèrent à ce niveau, une décision lourde de conséquences socialement.   

Consultant beaucoup les réseaux sociaux, elle mentionne que « chaque jour, en ce moment, il y a quelque chose. Il y a vraiment un backlash sur la communauté LGBTQ+. Évidemment, c’est plus aux États-Unis, mais on n’est pas immunisés ici ».  

En effet, des lois discriminatoires sont créées régulièrement dans plusieurs États chez nos voisins du sud. Au Tennessee, on demande aux professeurs de ne pas appeler les élèves par le nom choisi si « iels » sont trans et on interdit aux femmes trans de participer aux compétitions sportives universitaires selon le site VivreTrans. Dans La Presse, on mentionne qu’en Floride, discuter d’enjeux LGBTQ+ en classe cause préjudice aux droits parentaux des adultes qui considèrent que ces discussions causeront l’hypersexualisation de leurs enfants. Ce ne sont que deux maigres exemples. 

« Dans un des États, ils ont passé une loi qui va potentiellement forcer les jeunes personnes trans à “ détransitionner ”. Chaque jour c’est comme un autre cauchemar. C’est tellement violent », dénonce l’artiste multidisciplinaire. Heureusement, en mai dernier, 19 États américains se sont engagés à protéger la jeunesse trans.  

«The root of all evil» 

Lorsqu’il est question de masculinité toxique, celle qui s’exprime aussi par la chanson ne mâche pas ses mots. C’est la source de la plupart des problèmes à travers le monde. « Tous les problèmes proviennent de la masculinité toxique. Le sexisme, l’homophobie, la misogynie… Tout ce qui va mal dans le monde se retrouve dans ce problème-là », mentionne-t-elle.  

Tranna Wintour souligne que ce ne sont pas seulement les hommes, le problème. Tout le monde peut adopter des comportements liés à la masculinité toxique.  

Évidemment, la plupart sont des hommes cisgenres hétéros, mais pas exclusivement parce qu’on a appris que c’était la seule façon de get ahead in the world. You have to be gready, you have to be ambitious, on nous a tous appris à rejeter la tendresse, la gentillesse et le calme – Tranna Wintour 

Cependant, ce qui vient la chercher particulièrement, c’est l’idée qu’il y ait des femmes qui préfèrent soutenir la masculinité toxique au lieu de se réunir et de se soutenir. Ces dernières facilitent les comportements toxiques. Celle qui est très Girl Power souligne que ça a toujours été quelque chose qui la dérangeait, même lorsqu’elle avait seulement 12 ans.  

En sécurité au Québec 

Lorsqu’il est question de la situation actuelle au Québec, Tranna exprime se sentir globalement en sécurité dans notre province, malgré le fait qu’elle soit consciente des ravages de la transphobie à travers le monde. Toutefois, elle explique qu’elle doit faire un sérieux travail de compartimentation pour être en mesure de ne pas trop y penser. 

« Les gens vont me décrire comme courageuse ou brave, mais je ne me vois pas du tout comme ça parce que justement, le monde est terrifiant. Il faut que je mette dans un coin le fait qu’en ce moment, c’est épeurant d’être une personne trans dans le monde. Si j’y pensais trop et que je laissais cette réalité entrer dans ma vie, j’aurais trop peur », se désole-t-elle.  

Bien que la discrimination et la masculinité toxique soient des enjeux qui la touchent particulièrement, celle qui est aussi autrice et réalisatrice est également conscientisée à plusieurs autres causes, particulièrement dans le contexte économique actuel.  

Je suis assez anticapitaliste dans mon esprit. En ce moment, je ne comprends pas que des gens ne puissent pas subvenir à leurs besoins de base. 

 – Tranna Wintour 

Une chose est sure, l’humour est un vecteur de dénonciation efficace et utile. Tranna Wintour le prouve constamment lors de ses spectacles, de ses apparitions à la télévision et sur les réseaux sociaux. Tout ça, en restant simplement elle-même. Si vous désirez en apprendre plus sur cette artiste multidisciplinaire complexe, réfléchie et surtout drôle, visitez son site web et consultez ses réseaux sociaux.  


Crédit image @Mathieu Palmer Riffon

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