Mer. Juil 17th, 2024

Par Victor Dionne

Ce n’est pas nouveau. Les problèmes de santé mentale ont toujours été présents dans notre société. Chacun et chacune d’entre nous a connu quelqu’un qui en souffrait, et ce n’est pas près de s’estomper. Heureusement, des initiatives institutionnelles sont créées dans certaines villes, comme à Sherbrooke.

Pour se renseigner sur le sujet, Le Collectif a échangé avec la policière Geneviève Duford du Service de Police de Sherbrooke (SPS). Elle nous a informés sur les mesures prises par le corps policier en matière de santé mentale. Par exemple, le programme d’Équipe mobile d’intervention psychosociale (EMIP) a été créé et de nouvelles formations sont maintenant données aux policiers et aux policières.

L’EMIP, une initiative qui paie à tous

En service depuis 2016, l’EMIP agit comme « transition » entre le SPS et les services spécialisés en santé mentale. Cette équipe est généralement formée d’un policier et d’une travailleuse sociale. L’idée étant de combiner le travail social et le travail policier afin de répondre adéquatement aux évènements liés à la santé mentale. « Elle permet de libérer les patrouilleurs de ce genre d’appels et d’offrir aux gens les bons services », explique Mme Duford.

Elle soutient que la raison principale de la création du programme est la « recrudescence des appels en santé mentale ». En 2020, le nombre d’appels au SPS à l’égard de ce fléau était de 4173 sur une moyenne de 60 000 appels annuellement, selon les données du poste. La policière mentionne que cette statistique découle d’une multitude de problèmes, comme la « présence de plusieurs maisons de transition, la qualité de la drogue, son accessibilité et son coût et le manque de ressources. »

De plus, à l’époque où elle a commencé sa carrière, les agents étaient mal outillés pour répondre aux appels liés à la santé mentale. « Avant, lorsque tu disais le mot suicide, tu étais dans l’ambulance et tu étais laissé à l’hôpital », explique madame Duford. Avec cet ancien protocole, l’individu pouvait sortir de l’hôpital rapidement et retournait à ses occupations. « Cette personne-là ne recevra pas les services adéquats, donc elle risque de rappeler à maintes reprises. On ne règle pas le problème », soutient-elle.

Maintenant, une meilleure évaluation de la situation est possible avec l’EMIP. Elle fonctionne en quelques étapes résumées par madame Duford. Tout d’abord, il y a un appel logé au 911 ou au service de police concernant un cas quelconque en lien avec la santé mentale. À ce moment, un véhicule de patrouille double, soit avec deux policiers, est assigné à l’appel pour aller sécuriser les lieux et faire le premier contact afin d’analyser la situation.

Par la suite, elle mentionne que « si la situation le requiert, les patrouilleurs font appel à l’EMIP. La travailleuse sociale est formée pour évaluer les idées suicidaires, les idées d’homicides et les états mentaux perturbés, en fonction de plusieurs facteurs de dangerosité ». Puis, la policière précise que « suite à l’évaluation, elle va orienter la personne vers des services appropriés, et cela inclut l’hospitalisation si nécessaire. Par la suite, ce n’est plus dans la cour de la police. Ce sont les services sociaux qui prennent la relève ».

Évidemment, « certains cas demandent l’intervention immédiate des premiers patrouilleurs appelés sur les lieux. Par exemple, une tentative de suicide avec un passage à l’acte imminent », conclut-elle.

La formation des policiers en santé mentale

Pour être en mesure de bien faire leur travail, les policiers doivent maintenant avoir des compétences en matière de santé mentale. Madame Duford se prend en exemple : « Quand je suis rentrée en 2007, je courais après des voleurs, c’était ça, faire la police. J’entre dans ma 15e année de police et je peux confirmer que le travail policier a énormément changé. On a énormément d’appels concernant la santé mentale. On a dû changer notre façon de travailler et adapter nos méthodes d’intervention. »

De nouvelles formations dédiées aux policiers ont été essentielles à implanter. « Nous avons dû expliquer à nos policiers le comment du pourquoi nos interventions en matière de santé mentale devaient changer », soutient la policière. Pour l’esquisse de l’EMIP, le SPS s’est basé sur l’Équipe de soutien aux urgences psychosociales (ESUP) du Service de police de la ville de Montréal (SPVM). De plus, les policiers ont eu des formations avec des avocats, puisqu’ils travaillent avec le juridique. « Ils doivent jongler avec leurs pouvoirs et devoirs en matière de santé mentale et criminelle. »

Le SPS a aussi été chercher plusieurs partenaires. Parmi ceux-ci, on retrouve PECH Québec, un centre de crise qui n’assiste que les policiers. Mme Duford mentionne que « c’est comme notre info sociale, mais juste pour les policiers. Les agents de la paix peuvent appeler et les intervenants de PECH offrent aux patrouilleurs un service 24/7 d’intervention pour toute crise psychosociale ou psychiatrique. »

Et à l’école?

Le cursus de la technique policière et de l’École nationale de police du Québec de Nicolet (ENPQ) a aussi été repensé. La policière Duford précise qu’il y avait très peu de cours offerts aux futurs policiers en matière de santé mentale et à l’ENPQ, « le sujet n’était qu’effleuré ».

À Nicolet, depuis des évènements « comme celui d’Alain Malgoire à Montréal en 2014 », l’école présente des cours reliés à la santé mentale qui sont adaptés aux policiers.

Depuis 2019, le Cégep de Sherbrooke a ajouté un cours de formation en santé mentale à son programme, souligne la policière. D’ailleurs, l’EMIP offre des présentations dans ce cours pour parler de la réalité du terrain. « Le cours de santé mentale est en train de s’adapter à la réalité et ça, c’est un plus », conclut la spécialiste.


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