Jeu. Avr 11th, 2024

Par Nikolas Morel-Ferland

Par les pouvoirs qui leur sont conférés, les établissements universitaires québécois contribuent chaque année à la consécration d’individus de marque. En 2006, l’Université de Sherbrooke suscitait la controverse en décernant une médaille honorifique en toute discrétion à Paul Kagamé, président du Rwanda au passé trouble. Retour sur un épisode méconnu de notre institution.

Censé souligner un service exceptionnel rendu à la communauté, l’octroi de distinctions prestigieuses, tel le doctorat honoris causa, se fait habituellement en grande pompe. Lors de la collation des grades, il est coutume pour les différentes facultés de prendre un moment pour récompenser le parcours d’individus, anciens diplômés ou non, qui portent les valeurs véhiculées par la communauté universitaire.

Retour sur les faits

En 2006, Paul Kagamé est président de la République du Rwanda depuis six ans. Son pays, toujours ébranlé par la guerre civile qui s’est déroulée entre 1990 et 1 994 et le génocide de la population Tutsi, est en pleine reconstruction.

Au mois d’avril, Kagamé s’envole vers le Canada pour une visite privée, participant notamment à un colloque sur le développement africain à Montréal à titre d’invité d’honneur. C’est lors de ce passage dans la métropole qu’une médaille honorifique lui a été décernée par l’Université de Sherbrooke.

À cette époque, l’institution sherbrookoise entretenait des liens avec l’Université du Rwanda. En récompensant Kagamé, l’UdeS souhaitait « souligner le courage du peuple rwandais pour avoir pu surmonter le défi qu’a posé pour sa cohésion sociale et politique, un génocide qui a fait plus de 800 000 morts en seulement quelques mois. », rapportait Radio-Canada en 2006.

Menée dans une relative discrétion, la visite montréalaise du chef d’État avait toutefois suscité l’attention de quelques dizaines de manifestants et d’Amnistie internationale.

Un parcours tapi dans la controverse

Tout dépendamment des personnes à qui l’on pose la question, le parcours de Paul Kagamé peut être décrit comme celui d’un chef d’État résilient qui a su guider son pays à travers la crise, ou celui d’un militant tutsi qui aurait eu un rôle à jouer dans le déclenchement des hostilités qui mèneront éventuellement à un sanglant conflit avec les Hutus.

Militant au sein du Front patriotique rwandais (FPR), Kagamé a pris part dans les premières années de la guerre civile, obtenant quelques victoires sur le champ de bataille et négociant avec le président hutu Juvénal Habyarimana.

Lorsque l’avion de ce dernier a été abattu dans le cadre d’un attentat, les violences ont éclaté entre les deux principales communautés ethniques du Rwanda. En 2006, une thèse non prouvée circulait à propos d’un possible rôle de Paul Kagamé dans la planification de cet assassinat.

Or, en date de 2023, aucune accusation formelle n’a été portée à l’égard du médaillé d’honneur, qui occupe toujours la présidence du Rwanda.

De vives réactions

La décision de l’Université de Sherbrooke a été accueillie avec stupéfaction chez certains ressortissants africains de la communauté universitaire.

Le Devoir faisait état en 2006 d’une vive opposition au sein d’une coalition de Congolais, réunis pour dénoncer la remise d’une récompense à Kagamé, rappelant la présence de militaires rwandais au Congo.

Le Syndicat des professeures et professeurs de l’Université de Sherbrooke (SPPPUS) avait également dénoncé le geste au sein de son bulletin d’information.


Crédit image @Unlimited

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