Sam. Mai 14th, 2022

Par Josiane Demers 

Tinder, Bumble ou Plenty of Fish ne sont que quelques exemples d’applications de rencontre qui s’offrent à nous, ô pauvre peuple célibataire. Certes, de belles histoires fleurissent grâce à ses outils. Mais, avouons-le, souvent, c’est le festival des demandes inappropriées ou des photos de pénis non désirées. Il faut être des personnes sélectives dans cet océan de multiples choix au bout des doigts.  

J’ai deux emplois et je suis de retour aux études. Célibataire depuis belle lurette, je manque de temps pour faire des rencontres dans un contexte plus classique, comme aller dans les 5 à 7. Puis, c’est quoi déjà l’autre obstacle depuis deux ans? Ah oui, la COVID!  

Je suis très bien toute seule, mais tout le monde a besoin d’un peu de chaleur humaine une fois de temps en temps! C’est pourquoi, depuis quelques années, je me tourne vers les applications de rencontre (Tinder en particulier) et c’est le CHAOS. 

Gent masculine, ne me jetez pas de roches comme à une Marie-Madeleine! Je sais que ce que je vais décrire ne vous représente pas tous, loin de là. Voici une incursion dans le monde du dating pour une fille ronde hétéronormative.  

L’insistant 

Normalement, je n’ai pas envie de dévoiler mes préférences sexuelles à un dude que je n’ai jamais vu en personne. Selon moi, il est impossible de savoir s’il existe une réelle chimie entre deux individus avant une première rencontre. Call me old fashion. 

Souvent, quand une question un peu osée m’est posée, j’explique ma position. La réponse la plus fréquente : « Je comprends ça, je te respecte ». Laissez-moi m’esclaffer FORT!  

Jeune homme, quand deux minutes plus tard, tu reviens à la charge en m’implorant de te dire ce que j’aime, mais juste « en général », ou que tu me demandes si le fait de me dire que tu t’en vas dans la douche m’émoustille, tu ne me respectes pas. POINT!  

C’est blessant.   

L’explorateur 

Mes photos sont récentes. Il est clair que je pèse plus que 100 lb les cheveux mouillés, même les cheveux mouillés avec des poids et haltères accrochés au bout. En matchant avec moi, les hommes savent à quoi s’en tenir.  

Toutefois, messieurs, je ne suis pas un tester en pharmacie! J’ai fréquemment droit au classique : « j’ai un fantasme à réaliser, je veux baiser avec une fille ronde ». Ou encore pire : « Je n’ai jamais essayé avec une grosse, je veux juste voir si j’aime ça ». Eille chummy, je ne suis pas un bien de consommation ou un objet, je suis humaine.  

Non seulement ils ne veulent que du sexe (jusque-là, ça va, on est tous des adultes), mais ils ne sont même pas certains que ça leur tente vraiment. Je me sens donc bien valorisée tout d’un coup… not. Suis-je un crochet de plus dans leur liste d’expériences sexuelles à vivre?  

Personne ne veut se sentir instrumentalisé.  

C’est blessant. 

Le non assumé 

L’attirance ne se discute pas et je suis très, même trop consciente, depuis l’adolescence, que mon physique fat and fabulous ne plaît pas à tout le monde. Heureusement, par je ne sais quel miracle (probablement un entourage sain), je n’ai pas vraiment de problème de confiance en moi. J’ai des complexes, comme tout le monde, mais peu importe mon poids, je ne remets en question jamais ma valeur.  

Croyez-le ou non, beaucoup d’hommes sont attirés par les femmes rondes. Ça existe, parole de scout. La société dans laquelle nous vivons nous force à remettre en question notre corps, toutes identités de genre confondues. Elle incite parfois aussi les hommes à vouloir une blonde qui « paraît bien ».  

Au cours de ma vie, j’ai eu plusieurs longues fréquentations, mais peu de vrais chums. Derrière les portes closes, les hommes m’aiment, mais devant leurs amis et leurs familles, je ne projette pas la bonne image.  

Chaque fois qu’il est question de rencontrer l’entourage ou d’officialiser la relation, les excuses fusent. Comme beaucoup d’autres femmes, je suis futée, je la connais, la vraie raison derrière l’hésitation. C’est pourquoi, je vous annonce que toutes les filles rondes du monde savent ce qu’est le vrai problème, ça se sent jusque dans nos tripes.  

Heureusement, avec l’âge vient la sagesse : je n’accepte plus ce genre de situation.  

Revenons-en à nos moutons Tinder. Plusieurs hommes ne sont même pas capables d’aller prendre un verre pour voir s’il y a une connexion parce qu’ils n’assument pas d’être vus en compagnie d’une fille avec un physique atypique.  

C’est blessant. 

Le pas de classe 

Ici, je vais opter pour l’anecdotique. 

Un jour, j’ai un match. Le gars est mon genre et la conversation est fluide. Je suis en congé et nous habitons tous les deux à Sherbrooke. Il m’invite à prendre un verre chez lui. Après les vérifications d’usage afin de baisser le pourcentage de chances qu’il soit un tueur en série, je me déplace.  

J’arrive, il semble faire du ménage. Il m’offre un verre. Clairement, il n’a pas pris sa douche et me regarde à peine en continuant ses occupations. Déjà, beaucoup de red flags se hissent. Après le small talk usuel, il me dit : « Je vais y aller droit au but, je cherche quelqu’un pour me sucer, rien d’autre ».  

Moment de silence. Dans mon cerveau, mes neurones ont entendu résonner un WTF senti. 

Je réponds : « bon, je ne le sens pas, je vais quitter ».  

Le plus étonnant a été la surprise se lisant sur son visage et le « t’es sûre? » qu’il a lancé. N’aurait-il pas pu simplement me dire ce qu’il désirait avant que je me déplace? On jase là.  

Ce n’était pas blessant, seulement décourageant.  

L’exhibitionniste 

Comment aborder ce sujet sans parler des fameuses dick pics. Quand un gars sur Tinder te demande si tu as Snapchat, c’est souvent une tactique pour que ça finisse en échange de photos osées. Jusque-là, c’est correct. Tant qu’il y a consentement des deux partis, laissons-nous aller ma foi du Bon Dieu!  

Cependant, quand la fille nomme clairement qu’elle ne souhaite pas recevoir de photo de pénis ou encore, que l’homme ne lui demande pas son accord avant de s’exécuter, c’est une micro-agression. Comparons le tout à une personne exhibitionniste qui s’expose dans le métro ou dans la rue. Il s’agit d’un crime au sens de la loi passible d’une peine d’emprisonnement.  

Les dick pics, c’est de l’exhibitionnisme furtif.  

Une photo de pénis non sollicitée, ce n’est pas seulement blessant, c’est perturbant.  


Crédit image @ Infographie Le Collectif, Béatrice Palin

Josiane Demers
Rédactrice en chef pour le Journal Le Collectif

Étudiante à l’école de politique appliquée avec un cheminement en relations internationales à l’Université de Sherbrooke, Josiane Demers a également suivi des cours en communication. Impliquée au journal Le Collectif depuis le début de son parcours académique, elle est passée de collaboratrice à cheffe de pupitre de la section Sports et bien-être, pour ensuite devenir rédactrice en chef du périodique.
Passionnée de culture, de sports et d’actualité internationale, elle a plus d’une corde à son arc.