Mer. Avr 17th, 2024

Par Yaomie Dupuis 

Le 7 décembre 2022, les rues de Lima étaient embourbées de milliers de manifestants provenant essentiellement des régions autochtones du sud du Pérou. Comme l’indique Radio-Canada, c’est à la suite de la destitution du Président Pedro Castillo, d’origine autochtone, que plusieurs sympathisants de l’ex-président se sont mobilisés pour mettre en action leur opération «Prise de Lima».  

Moins d’un tiers de mandat pour Castillo  

Castillo, qui a dirigé le pays pendant à peine un an et demi, brille par son bilan catastrophique. Depuis son élection en juillet 2021, les accusations portées contre le président ainsi que contre son entourage ne cessaient de s’accumuler au bureau de l’administration judiciaire, comme indiqué dans Le Devoir. Selon Radio-Canada, six enquêtes pour « corruption » ou « trafic d’influence » visent présentement Castillo, sa famille ainsi que son entourage politique. En seulement dix-sept mois, cinq présidents du conseil se sont succédé sous sa gouverne, du jamais vue au Pérou. C’est pourtant un pays habitué aux instabilités politiques. 

En 2020, à la suite de la révocation du titre de président de Martin Vizcarra par le Parlement, trois présidents se sont succédé en moins d’une semaine. L’éviction de Vizcarra à la présidence pour « incapacité morale » est l’argument qui a été repris contre Castillo. Après deux tentatives infructueuses, la première le 7 décembre 2021 et la seconde le 28 mars 2022, c’est la troisième procédure de destitution qui a finalement mis un terme à la gouverne du président qualifié d’extrême gauche. Comme une tactique de détresse quelques heures avant que les élus se dirigent pour voter sur le sort du Président, Castillo avait déclaré la fin de la législature actuelle. Il a également annoncé le devancement d’élections présidentielles et la formation d’un « gouvernement d’urgence exceptionnel » qui se pencherait sur la rédaction d’une nouvelle constitution.  

Selon les informations de l’Agence France-Presse, 101 parlementaires ont voté en faveur de la destitution du président gauchiste. Arrêté et emprisonné pour 18 mois, l’ancien président s’est vu être accusé officiellement d’avoir tenté un coup d’État pour avoir dissous le parlement la même journée que le vote.   

Deux mois de bousculements populaires  

Environ 15 000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés dans les dernières semaines pour tenter de ramener la paix au Pérou, a souligné Radio-Canada. Le lundi suivant la destitution de Castillo, 2 000 manifestants ont bloqué l’aéroport d’Arequipa. Plusieurs routes ont été occupées par les contestataires dans la région de La Libertad et les villes de Trujillo et Cusco. Martelée à coup de pavé, de pierre et de bouteilles, la police péruvienne s’est opposée aux manifestants par des moyens qualifiés de trop durs. Selon les informations du Devoir, un peu plus d’une demi-centaine de personnes ont soit trouvé la mort ou ont été gravement blessées durant les manifestations. La Presse a rapporté le 13 janvier dernier que la Commission interaméricaine des droits de l’homme a demandé qu’une enquête indépendante soit mise sur pied pour enquêter sur ce qu’il considère comme un usage excessif de la force envers les manifestants.  

La Défenderesse du Peuple (Ombudsman) Eliana Revollar Añaños a raconté que certains manifestants auraient même été jusqu’à immoler un policier. L’Agence France-Presse a souligné que trois membres du gouvernement de Mme Boluarte ont démissionné en deux jours. Le ministre du Travail Eduardo Garcia, en désaccord avec la gestion des manifestations par le gouvernement, le ministre de l’Intérieur Victor Rojas, et la ministre de la Femme et des Populations vulnérables Grecia Rojas ont été démis de leurs fonctions et remplacés par la présidente. De plus, le parquet péruvien a décidé de procéder à l’ouverture d’une enquête pour « génocide » contre cette dernière et d’autres hauts responsables. 

Plusieurs contestataires occupaient depuis 3 jours l’Université majeure de San Marcos. Les forces policières sont entrées le 21 janvier dernier dans l’institution d’enseignement supérieur. Procédant à l’arrestation de 193 personnes, le Parquet a affirmé néanmoins dans la nuit du dimanche que 192 ont finalement été libérées. Rappelons que ces soulèvements populaires ont forcé plusieurs Canadiens coincés au pied du Machu Picchu à demander une aide d’urgence au gouvernement pour revenir au pays. Selon les informations publiées par l’ambassade du Canada à Lima, les autorités péruviennes avaient organisé quatre vols humanitaires le 17 décembre pour les touristes.  

Une présidente par intérim  

Dina Boluarte, vice-présidente sous Castillo, est la toute première femme à diriger le Pérou. L’opinion publique entourant la présidente nouvellement élue par intérim ne fait cependant pas l’unanimité. À 60 ans, l’avocate de formation et députée sous la bannière du parti Pérou Libre (PL) a prêté serment le 8 décembre dernier. Si son prédécesseur a cumulé les bourdes lors de son mandat, le début de celui de madame Boluarte n’est, jusqu’à maintenant, pas plus reluisant.  

Ministre du Développement et de l’Inclusion sociale de juillet à novembre 2021, la nouvelle présidente avait décidé de quitter son poste au ministère lorsque Castillo a formé, pour une cinquième fois, son gouvernement. En janvier 2022, celle qui a été élue sous le PL s’est vue être exclue de celui-ci après avoir affirmé « n’avoir jamais embrassé l’idéologie de Perú Libre », selon Le Figaro.  

La question sur toutes les lèvres péruviennes était de savoir si Dina Boluarte devancerait ou non les élections présidentielles. Ce serait une « grave erreur » si la présidente refusait de se soumettre à de nouvelles élections démocratiques, comme l’explique la politologue Patricia Zarate et chef des études d’opinions de l’Instituto de Estudios Peruanos (IEP) de Lima.  

Finalement, le Congrès péruvien a voté le 20 décembre 2022 en faveur d’une réforme permettant aux citoyens de se faire entendre via les urnes en 2024. Le président du Congrès, José Williams, soutient toutefois qu’un second vote devra être réalisé pour que les élections puissent être reportées en octobre 2023. La présidente actuelle encourage fortement le parlement à voter en faveur de la proposition nécessaire pour un retour au calme. Sans un gouvernement avec un mandat clair de la population, la stabilité politique du pays n’est pas chose faite. Espérons que la démocratie permettra aux électeurs d’avoir le dernier mot. 


Crédit image @Pixabay

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