Jeu. Juil 18th, 2024

Par Josiane Demers

Le 6 décembre dernier, on apprenait que les États-Unis procéderaient à un boycottage diplomatique des Jeux olympiques (JO) d’hiver de Beijing 2022. La Maison-Blanche a justifié cette décision en expliquant qu’envoyer une délégation diplomatique signalerait qu’elle cautionne les flagrantes violations des droits de la personne perpétuées contre le peuple Ouïghour. Malgré des menaces de sanctions par la Chine contre les pays qui décideraient de boycotter, le gouvernement américain assume pleinement cette décision.

Le 31 juillet 2015, après une chaude lutte avec Almaty, principale ville du Kazakhstan, c’est finalement Beijing qui s’est vu octroyer les JO d’hiver de 2022 à la suite d’un vote de 44 contre 40 du Comité international olympique (CIO). La capitale chinoise est devenue le premier endroit au monde à accueillir des jeux d’été ainsi que des jeux d’hiver. Toutefois, les critiques ont été et sont toujours nombreuses à l’égard de ce choix.

Récompenser un pays autoritaire

Pour plusieurs, l’octroi à la Chine représente presque une récompense allouée à une nation qui bafoue sans cesse les droits de la personne. La nomination d’un pays autoritaire pour un évènement qui prône des valeurs d’égalité, de solidarité, d’excellence, et surtout, de non-discrimination et de respect, provoque un certain questionnement. Cela envoie un message clair à la communauté internationale : les jeux de pouvoir, la politique et l’argent priment sur les droits de la personne.

Droits de la personne bafoués à répétition

En 2001, beaucoup d’activistes s’étaient prononcés contre la sélection de Beijing pour les JO de 2008, mais le CIO maintenait que cela enclencherait des changements positifs en Chine. Le pays avait alors promis d’améliorer le respect des droits de la personne en amont des jeux d’été, mais selon l’organisation Human Rights Watch, l’État a plutôt participé à la détérioration de la situation. En effet, dans un effort de présenter un portrait « de succès économique et d’harmonie sociale », le gouvernement avait augmenté les mesures de censure, fait taire les activistes et chassé de la ville les personnes susceptibles d’en ternir l’image.

Il est donc difficile de justifier la seconde chance accordée à Beijing par le CIO. Plusieurs associations de minorités ethniques et/ou religieuses ont été indignées par la décision, alors qu’elles continuent d’être persécutées par le gouvernement chinois. C’est notamment le cas de groupes chrétiens qui soutiennent qu’en 2014, 400 églises ont été démolies ou se sont vu retirer leurs croix. Après l’annonce du CIO en 2015, ces associations ont manifesté de façon pacifique et sept chrétiens ont été arrêtés et accusés « d’instigation au désordre social ».

Bien avant que la communauté internationale réalise l’ampleur des répressions vécues par les Ouïghours, cette population s’opposait à la tenue des JO en Chine. En effet, le World Uyghur Congress était en profond désaccord avec la décision. L’organisation a rédigé une lettre déclinant ses inquiétudes. Cet écrit soulignait, entre autres, les promesses non tenues de Beijing en 2008 de réforme des droits de la personne et l’augmentation des attaques contre des groupes de la société civile. L’organisation soutenait aussi que la décision du CIO servait de validation à l’abus des droits de la personne.

Les membres de mouvements sociaux qui défendent les droits de la personne sont également des cibles pour les autorités chinoises. D’ailleurs, certains ont manifesté pour demander au CIO de ne pas accorder les JO à Beijing. Selon Amnistie internationale, 231 de ces activistes ont été détenus et questionnés, dont plusieurs avocats.

Critiqué pour les problématiques en lien avec les droits de la personne après les jeux de 2008 et les jeux de Sotchi en 2014 où les droits de la communauté LGBTQ+ avaient été violés, le CIO ajoute maintenant une clause anti-discrimination dans les contrats des villes hôtes (14). Bien qu’une telle action soit positive, il est évident qu’elle ne suffit pas considérant l’ampleur de la problématique en Chine.

Des promesses environnementales oubliées?

Outre le fait que Beijing reçoive très peu de précipitations de neige, d’autres problèmes environnementaux font de la capitale un choix contestable. Les problèmes de smog et de toxicité de l’air sont bien connus. En 2008, la Chine avait fermé des usines et réduit le trafic automobile afin de dissiper le smog, une solution efficace, mais temporaire. Une des principales composantes de la soumission de Beijing au CIO était la promesse de s’attaquer aux problèmes environnementaux sur le long terme. Les efforts du gouvernement ont permis une réduction de 50 % des jours de pollution extrême dans l’ensemble du pays, mais pas dans les grands centres comme Beijing. De plus, selon le Centre for Research on Energy and Clean Air, la concentration de particules toxiques dans l’air était 21 % plus élevée en 2021 qu’en 2019.

Plusieurs jeunes biologistes se sont opposés aux plans proposés pour les pistes de ski alpin qui empiètent sur le territoire de la réserve protégée accueillant des espèces uniques d’orchidées. En effet, ces plans comprennent 4 600 acres de la Songshan National Nature Reserve. Cela enfreint les lois de la protection de l’environnement mises en place par le gouvernement et risque de créer un précédent qui aura le potentiel de détruire les efforts multipliés dans les dernières années. Pourtant, il est clairement écrit dans l’article 21 du contrat de la ville hôte que le développement durable et la protection de l’environnement doivent être priorisés.

L’octroi des JO à Beijing suscite l’indignation et la controverse depuis son annonce. Il est clair que la facette environnementale joue un rôle dans ces oppositions, mais cela est certainement secondaire par rapport aux arguments liés aux droits de la personne. Les manifestations et les appels au boycottage se multiplient depuis 2015. Depuis 2017, les mouvements contre l’évènement ont pris de l’ampleur considérant les preuves du génocide commis par la Chine envers le peuple ouïghour.

Malgré tout cela, il faut tout de même souligner que le problème réside dans la décision du CIO d’accorder les JO à Beijing. Une fois cette décision prise, rien ne sert de faire payer les athlètes des pays participants qui ont fait tant d’efforts pour atteindre leur ultime but, les olympiques.


Photo @ Pixabay

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