Mar. Fév 27th, 2024

Par Clara Prévosto 

Une équipe de l’Université de Sherbrooke a fait une découverte remarquable qui s’est placée dans le top 10 des découvertes de l’année 2022 dans le journal Québec Science. Dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques, l’équipe menée par le chercheur Sébastien Rodrigue a mis au point un outil capable de retourner les propres armes des bactéries infectieuses contre elles. 

Le chercheur et professeur de biologie, Sébastien Rodrigue, a déniché avec son équipe une façon de disséminer les populations de pathogènes intestinaux grâce à un complexe moléculaire communément appelé CRISPR. Son action, semblable à un ciseau, endommage l’ADN des bactéries, ce qui entraine leur mort peu après. Ce mécanisme a connu des résultats si convaincants auprès de nos congénères, les souris, qu’il pourrait à l’avenir faire concurrence aux antibiotiques, de plus en plus inefficaces face à ce problème.  

Surdose d’antibiotiques 

Les antibiotiques sont des médicaments abondamment utilisés pour traiter les infections bactériennes. Or, l’usage répété de ces micro-organismes mène à une résistance à ceux-ci. C’est un phénomène particulièrement inquiétant observable à travers le monde entier. Ce problème est souvent amplifié par la surutilisation des antibiotiques ou d’un traitement inconsistant. Ces pratiques favorisent plutôt la sélection des bactéries immunisées à ce médicament qui peuvent ensuite partager cette immunité à travers la population.  

Au fil du temps, nous sommes donc confrontés à de « super bactéries » protégées contre la plupart des antibiotiques sur le marché. Face à l’inefficacité de cette méthode, des infections minimes pourraient se développer en des cas graves, voir même causer la mort des patients. Selon Québec Science, près de 50 millions de personnes pourraient en être victimes à partir de 2050. 

CRISPR, des ciseaux pas comme les autres 

Ce fameux module, utilisé dans la technologie développée par les chercheurs, a la capacité d’inactiver les gènes de résistance des bactéries en sectionnant une partie de leur matériel génétique. Cet outil est délivré à l’aide d’un organisme, lui-même une bactérie génétiquement modifiée, qui s’infiltre parmi ses congénères. La réussite de ce mécanisme dépend entièrement de la capacité des bactéries à s’échanger de l’ADN, qui est ironiquement, exactement l’une des caractéristiques qui permettent normalement à celles-ci de résister aux antibiotiques. C’est une façon ingénieuse qu’ont développée les scientifiques pour prendre l’ennemi à son propre jeu. 

La popularité de cette découverte a aussi été grandement accentuée par son potentiel d’application en société. En effet, le développement de ce procédé a été effectué dans le but de répondre à un besoin grandissant dans le domaine médical tout en s’assurant qu’il puisse réellement avoir des retombées palpables. Cette technologie est même à la veille de la commercialisation par le professeur Rodrigue en collaboration avec Kevin Neil, stagiaire postdoctoral ayant participé à cette découverte. En partenariat, les deux scientifiques ont fondé la compagnie TATUM bioscience, qui a entre autres pour but de permettre l’accessibilité à ce traitement à plus grande échelle. Qui sait, peut-être pourrons-nous un jour nous faire soigner grâce au complexe CRISPR ! 


Crédit image @UDS

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