Sam. Mai 25th, 2024

Par Carolanne Boileau 

Dans les dernières semaines, des artistes bien connus sur la scène québécoise ont dénoncé publiquement des inégalités au sein de festivals de musique. Samian et Émile Bilodeau se sont désistés respectivement du Festival international de la chanson de Granby et du Festi-plage de Cap-d’Espoir.  

Des exigences contre ses valeurs  

Samian est un artiste issu de la Première Nation Abitibiwinni et est bien connu pour son art qui met de l’avant ses origines. Le rappeur né à Amos a justement sorti un album l’année dernière écrit exclusivement en langue algonquienne. Cette information n’est certainement pas venue aux oreilles des organisateurs du Festival international de la chanson de Granby, festival qui se retrouve maintenant au milieu d’une controverse flagrante.  

Pour cette édition, la mission du FICG était de donner une programmation entièrement francophone. Bien sûr, c’est une mission humble et légitime. Toutefois, les langues ancestrales doivent également être protégées et reconnues. C’est exactement ce que le rappeur Samian déplore. Pour lui, c’est une réelle claque au visage de se faire inviter dans un festival qui lui demande finalement de changer son art pour être en mesure de respecter des quotas.  

L’enjeu de la langue est bien connu au Québec et ça ne date pas d’hier. Les festivals peuvent bien inclure des quotas pour respecter l’éventail de différences culturelles et artistiques. Cependant, inviter un artiste pour finalement lui retirer son invitation, car son spectacle ne correspond pas à ces normes est un énorme manque de jugement. Comme Samian le souligne : « je comprends le combat de la langue française par rapport à l’anglais, par exemple, mais les langues autochtones ne sont pas menaçantes, elles sont menacées ». Cette déclaration est lourde de sens et démontre l’ampleur du problème.  

Des « compromis » qui ne passent pas  

Le Festival international de la chanson de Granby qui doit se tenir en août a tenté de rectifier le tir, sans succès. C’est en effet avec une offre maladroite que l’évènement a essayé de conserver la présence de l’artiste anichinabé. Selon celui-ci, on lui aurait offert de faire une exception dans son cas et de l’autoriser à performer à 80 % en français et 20 % en algonquin.  

Sans grande surprise, Samian leur a répondu que sa prestation resterait comme telle et que c’était à prendre ou à laisser. De manière déplorable, l’évènement a choisi de laisser plutôt que de prendre. Il sera donc impossible de voir l’artiste performer son dernier album Nikamo sur la scène de Granby.  

Une réaction du public qui se fait sentir 

Cela fait plus de 15 ans que le rappeur et producteur produit des albums sur lesquels on peut l’entendre chanter en français et en langue algonquienne. C’est stupéfiant de voir que l’artiste se fait refuser l’accès à un évènement pour cause de la langue dans laquelle il performe. Ayant publié cette péripétie sur les réseaux sociaux, Samian a récolté des centaines de réactions.  

En moins d’une journée, plus de 2000 personnes avaient partagé la publication du rappeur. La réaction des gens a déferlé telle une vague. Des centaines de personnes trouvent la situation complètement absurde et le FICG n’a eu d’autres choix que de s’expliquer publiquement dans un communiqué. Selon eux, ils ne se sont tout simplement pas rejoints sur l’intention et les organisateurs n’avaient pas de mauvaise intention.  

Cette histoire a en quelque sorte connu une fin abrupte, mais il sera intéressant de voir si un revirement de situation aura lieu et si les spectateurs soutiendront le Festival international de la chanson de Granby malgré leur bourde. On espère que la décision de Samian aura un effet positif sur la reconnaissance des langues ancestrales qui sont depuis peu reconnues comme des langues officielles.  

Émile Bilodeau et le Festi-plage 

L’évènement de Granby n’est pas le seul à se retrouver dans l’eau chaude. En effet, lors de la Journée internationale des droits des femmes, Émile Bilodeau s’est retiré de la programmation du Festi-plage de Cap d’Espoir. La raison derrière cette décision est simple, le chanteur populaire déplore que la programmation soit 100 % masculine. Sur les quatre jours de festival, aucune femme ne performera.  

C’est dans une story Instagram que le chanteur a annoncé sa décision de se retirer de la programmation. En plus de cette nouvelle, Émile exprime l’absurdité et la gravité de la chose. « Comment vous pensez que les jeunes filles qui vont assister au Festi-Plage vont percevoir mon industrie? Oh ç’a l’air coolfaire de la musique dans la vie… dommage que ce soit juste pour les gars », déplore-t-il. Au-delà de l’image que cela donne à son industrie, celui-ci a abordé qu’il y avait eu trop de féminicides pour continuer d’ignorer ce genre d’injustice.  

Une explication plus ou moins crédible  

À la suite de la sortie publique de l’auteur-compositeur-interprète québécois, le président du Festi-plage a tenté de défendre son évènement. Ghislain Pitre explique que son équipe ne s’était pas rendu compte de l’absence d’artistes féminines. Selon lui, c’est Émile Bilodeau et le public qui auraient mis en lumière la situation. Le président du festival gaspésien a toutefois mentionné qu’il était difficile de trouver des artistes disponibles pour performer à 12 heures de route de Montréal.  

Plusieurs jugent que ces explications sont quelque peu loufoques. Ghislain Pitre précise que l’artiste qui remplacera Émile Bilodeau risque fortement d’être une femme. On espère donc fortement que ce soit le cas, surtout pour une société qui se considère comme avant-gardiste en matière de féminisme.  

Ces situations déplorables démontrent donc qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire, même du côté culturel. Que ce soit pour la langue, l’origine ou le sexe, ces inégalités n’ont pas leurs places dans nos évènements. Samian et Émile Bilodeau méritent tous les remerciements pour les actes qu’ils viennent de poser au nom des minorités.  


Crédit image @ page Facebook, Tout le monde en parle

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