Ven. Juil 19th, 2024

Par Yedidya Ebosiri 

Cinq vagues plus tard, le virus de la COVID-19 poursuit sa tournée sur le sol canadien. Si les quelque trois millions de cas recensés depuis janvier 2020 font état de sa gourmandise, le virus semble avoir des préférences. Au menu : quartiers défavorisés et communautés noires. 

C’est ce qu’indique la surreprésentation des populations racisées parmi les victimes de la COVID-19. Une analyse des données collectées durant les deux dernières années rapporte un taux d’infection sept fois plus grand chez les non-Blancs ontariens. À Ottawa, les minorités visibles forment 63 % des diagnostics selon une étude menée en 2020; parmi eux, près d’un Noir sur quatre est porteur du virus. Les études sur le sujet se multiplient, les voix des communautés concernées s’élèvent.  

Au Québec?  

Les données fondées sur l’appartenance ethnoculturelle sont insuffisantes pour déterminer la prévalence de la COVID-19 au sein des groupes racisés. Lorsqu’interrogé sur la question, l’ex-directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, n’en voyait pas la pertinence.  

Néanmoins, certaines analyses écologiques esquissent un portrait similaire à celui de la province adjacente. À Montréal, la tendance suggère que plus la proportion de population noire est grande, plus le nombre de cas pour 100 000 habitants augmente. En 2020, Rivière-des-Prairies, LaSalle et Montréal-Nord, bassins de larges communautés afrodescendantes, étaient de véritables foyers d’éclosion virale.  

Un cocktail d’inégalités 

Plus d’expositions, moins de protection : telle est la réalité des personnes racisées dans le contexte sanitaire actuel. Les femmes noires représentent presque 30 % du personnel aide-soignant selon Statistique Canada, elles font partie des travailleurs de première ligne. Guettées par un virus qui ne pardonne pas, elles se livrent à un risque de contamination conséquent. Ces postes largement impactés par la pandémie sont également associés à un faible revenu.  

À ce propos, les quartiers défavorisés sont fortement constitués d’individus issus des minorités visibles. Caractérisés par des immeubles densément habités, nul besoin d’expliquer la hausse de transmission de la COVID-19 dans ces conditions. Eh non, le télétravail n’est pas forcément une option : outre le poste de préposé aux bénéficiaires, les personnes noires qui résident dans ces arrondissements occupent souvent des emplois précaires. À cela s’ajoutent les inégalités structurelles des systèmes de santé documentées par plusieurs chercheurs canadiens. C’est donc à l’intersection de la marginalisation raciale, de genre et de classe que la communauté noire canadienne subit particulièrement les méfaits d’un virus affamé.   

Reconnaître pour mieux intervenir  

Si le gouvernement québécois nie la nécessité des données catégorisées selon la race, Thierry Lindor, lui, le crie haut et fort. Lancée il y a deux ans, sa plateforme Colors of Covid tente de démontrer l’effet disproportionné de la pandémie sur les minorités visibles. Les données sont compilées à l’aide d’un sondage anonyme et volontaire. En association avec la Fédération des Canadiens noirs, cette initiative est un exemple parmi plusieurs autres. Quoique de natures différentes, elles partagent un même but : reconnaître pour mieux intervenir. 


Crédit image @ Matheus Ferrero

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