Mer. Avr 17th, 2024

Par Maude-Emmanuelle Hajjaj 

Le 21 septembre dernier, la série Dahmer, laquelle dresse un portait explicite la vie et des meurtres du notable tueur en série américain Jeffrey Dahmer, est diffusée sur Netflix. Quatrième série la plus visionnée à travers le monde sur Netflix, toutes catégories confondues, Dahmer a généré beaucoup de controverses quant à son éthique, en plus d’interroger la provenance d’une telle fascination pour les histoires morbides. 

La série Dahmer  

Dans la série télévisée Dahmer, les téléspectateurs sont transportés des années 1970 jusqu’aux années 1990 afin de suivre les activités criminelles de Jeffrey Dahmer. Sa vie est présentée de façon détaillée en abordant les événements marquants de sa vie qui l’ont conduit à commettre les 17 meurtres pour lesquels il a été condamné en 1991.  

Agressions, violence extrême, meurtres et cadavres, les réalisateurs n’ont épargné aucun détail. Cette télésérie originale Netflix de 10 épisodes d’une durée d’entre 49 et 63 minutes chacun présente aussi l’histoire de plusieurs victimes du tueur, notamment celle du jeune adolescent Konerak Sinthasomphone, qui a été retourné chez Dahmer par les policiers après avoir réussi à s’évader, après que Dahmer l’ait kidnappé et drogué en 1979. Elle présente aussi de façon détaillée les meurtres de Tony Hughes, de Steven Mark Hicks, Steven Tuomi ainsi que les tentatives de meurtre de deux hommes, dont Tracy Edwards, qui a mené directement à l’arrestation de Dahmer.  

En plus de ces détails troublants, Dahmer donne un aperçu de la vie de Glenda Cleveland, la dame qui a alerté les autorités des dizaines de fois concernant les activités anormales de Jeffrey Dahmer ; bruits étranges et odeurs dégoutantes, tout indiquait que Dahmer était en effet le « cannibale de Milwaukee ». C’est à travers les témoignages des victimes survivantes et des témoins qu’il est possible de déduire que la série tente subtilement de dénoncer l’inactivité des autorités lors de crimes commis envers des personnes racisées et homosexuelles.  

Représentations romancées des criminels aux cœurs des controverses 

La popularité surprenante et grandissante du true crime ne passe pas inaperçue et vient avec son lot de controverses. À la lumière de la télésérie à succès Dahmer, les critiques dénonçant l’exploitation des traumatismes vécus par les familles des victimes sont nombreuses. En effet, plusieurs accusent les réalisateurs de produits télévisés de genre « crime véritable » de faire profit des tragédies, et ce, au nom de la sensibilisation envers les injustices sociales et les failles des systèmes autoritaires et judiciaires. À cette controverse s’ajoute celle qui soutient que dans les séries et les films de true crime comme Dahmer et Extrêmement méchant, affreusement diabolique et vil, qui porte sur le tueur en série Ted Bundy, les criminels sont présentés comme étant des figures héroïques presque idolâtrées. 

 D’autres ajoutent que leurs vies sont ainsi romancées, ce qui les rend désirables et qui semble justifier et banaliser leurs crimes odieux. En effet, dans la majorité, les partages d’histoires de crimes contribuent davantage à faire connaitre le criminel qu’à rendre hommage à ses victimes et à leur famille, contrairement à ce que soutiennent plusieurs réalisateurs de true crime. Effectivement, comme il a pu être observé lors de ce dernier Halloween, plusieurs personnes entreprennent de se déguiser en Jeffrey Dahmer, comme si ce dernier était un personnage tout droit sorti d’une série de fiction. Pourtant, ce dernier est effectivement l’un des tueurs en série les plus prolifiques connus des États-Unis.  

Toutefois, il est important de noter qu’aux États-Unis, grâce à la loi Son of Sam, il est souvent possible d’empêcher les criminels de faire profit de leurs histoires de crimes. Ainsi, les criminels ne peuvent encaisser directement des profits liés à leurs crimes. Par contre lorsque leurs crimes et leur vie sont mis en scène, ils peuvent à la fois devenir des figures estimées et développer un cercle de fans.  

Un engouement incompris 

Depuis des dizaines d’années, des livres, des téléséries et des films policiers traitant d’histoires de crimes inventées telles que Blue blood et How to get away with murder sont regardés par des millions de téléspectateurs par semaine ; le true crime ajoute à cet engouement monstre. Fraude, disparition et meurtre, ces crimes vécus, résolus ou non, font l’objet de milliers de produits de divertissement sous la forme de balados, de documentaires, de vidéos mis en ligne, de films et de téléséries.  

Plusieurs peinent à comprendre cette montée en popularité de ce genre si lugubre et macabre. Plusieurs expliquent leurs fascinations pour le true crime comme étant une recherche d’émotions fortes et d’adrénaline comme il est possible de trouver dans les films d’horreur ou de suspens. D’autres affirment que c’est la curiosité qui les porte à s’intéresser aux détails de la vie de criminels dérangés, dont les pensées et les actes sont incompréhensibles. Pour les documentaires, certains soutiennent que le travail des enquêteurs et des journalistes d’enquête les fascine. De plus, les humains sont aussi attirés par la morbidité, entre autres parce qu’elle mobilise leur empathie et leurs émotions les plus fortes. En effet, le true crime fait ressortir la curiosité morbide des téléspectateurs, qui est un aspect instinctif de l’être humain. Cette curiosité explique entre autres pourquoi le true crime est très populaire, surtout à l’ère du numérique où tout est accessible. 


Crédit image @Netflix

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