Ven. Fév 23rd, 2024

Par Bianca Lahaye 

Selon Matthew Lieberman, professeur à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et auteur du livre Social: Why Our brains Are Wired to Connect, le besoin d’être en contact les uns avec les autres se situe au même niveau que le besoin de se nourrir ou de se loger. 

Étant des êtres humains, nous sommes constamment en interinfluence avec notre environnement. En psychoéducation, le réseau social agit à titre de facteur de protection. Il est donc intéressant de se concentrer sur les bienfaits du cercle social sur la santé mentale des individus.  

Facteurs de risque 

Un facteur de risque est toutes les composantes environnementales qui pourraient nuire ou compromettre l’équilibre d’un individu. Il peut s’agir de facteurs pouvant être considérés comme néfastes à une bonne adaptation, dont des attitudes ou croyances négatives, une faible estime de soi, des comportements antisociaux précoces ou répétés.  

Facteurs de protection 

En contrepartie, il existe des facteurs de protection qui viennent améliorer ou supporter positivement l’équilibre d’une personne ou d’une communauté. Ils peuvent aider à conserver un état d’adaptation optimale ou renforcer celle-ci. Il est question d’une bonne estime de soi, d’une bonne capacité en la résolution de conflits, de la participation à des activités sociales ou bien le réseau social.    

Les esquisses des études empiriques 

C’est dans les années 1970-1980 que les recherches se sont réellement penchées sur l’influence des liens sociaux sur la santé. À ce moment, les résultats précoces démontraient que les individus les mieux intégrés à leur société possédaient une meilleure santé générale que les personnes isolées. Déjà en 1987, Durkheim, sociologue français, mentionnait dans ses recherches que les ruptures des liens sociaux occasionnaient des pertes en ressources sociales ainsi qu’un affaiblissement des normes et des rôles sociaux. Dans une de ses études portant sur le suicide, il était en effet démontré que sa plus grande prévalence résidait chez les individus ayant moins de relations interpersonnelles.  

Réseau social, intégration et soutien social 

Il est important de bien définir les différents termes pour avoir un aperçu de la complexité des relations interpersonnelles. Le terme réseau social est l’ensemble des liens interpersonnels stables qu’entretient un individu. Il peut être défini selon la taille et la densité, celles-ci étant établies à partir de critères spécifiques soient des aspects normatifs (les rôles définis tels qu’être père, mère, sœur), affectifs (sentiment de proximité envers quelqu’un) ou portant sur des relations d’échanges (relations régulières dans lesquelles un échange de ressources a lieu).  

Ensuite, l’intégration sociale tire son essence des travaux de Durkheim (1897) et réfère au degré avec lequel un individu participe à la sphère publique. Ce concept multidimensionnel se positionne sur plusieurs aspects, dont les rôles sociaux reconnus (parent, étudiant, voisin, ami), la fréquence de sa participation sociale ainsi que sa propre perception à son intégration sociale.  

D’un autre côté, le soutien social est la dispensation ou l’échange de ressources émotionnelles, instrumentales ou d’informations par des non-professionnels dans le contexte d’une réponse et s’inscrit dans les interactions avec les membres du cercle social ou encore lors de la participation à des groupes sociaux.  

Le réseau social comme soutien adaptatif 

Dans cette optique, un soutien social positif et fort peut accroitre le développement adaptatif d’une personne. De cette manière, l’individu présentant un équilibre instable ou affecté peut être soutenu dans son processus d’adaptation. Selon une méta-analyse partagée en 2010, Julianne Holt-Lunstad a affirmé que des relations interpersonnelles de qualité amplifient la production du taux d’ocytocine parfois appelé l’« hormone de l’amour ». Par ailleurs, être en contact avec une personne de confiance ou même, simplement de penser à cette personne diminue les réponses cardiovasculaires et neuroendocrines au stress. Dans ce même ordre d’idées, cette méta-analyse a aussi démontré que les deux plus importants facteurs prédicteurs de longévité sont les relations personnelles de confiance et l’intégration sociale. 

Les relations interpersonnelles: le secret de la longévité 

Dans une autre étude réalisée par Susan Pinker, enseignante en psychologie au Collège Dawson et à l’Université McGill, les individus qui rencontrent fréquemment leur cercle social ont une espérance de vie moyenne de 15 années de plus qu’un individu seul et isolé. Suivant cette logique, Pinker affirme également que les personnes de 65 ans et plus, peu actives sur le plan social, seraient exposées à 20 % plus de risques de mourir que les personnes qui nourrissent sur une base régulière leurs relations interpersonnelles.  

Le social au cœur des activités cognitives 

En plus de prolonger l’espérance de vie, il semblerait que les liens sociaux protègent la mémoire et ralentissent la dégénérescence nerveuse ainsi que la démence. Selon certaines recherches de l’Ohio State University, le lien est clair : les activités sociales stimulent les capacités cognitives. Ainsi, à travers un échange, la mémoire événementielle est activée pour permettre de discuter avec autrui de votre dernière sortie ensemble, la mémoire à long terme est activée puisque c’est grâce à celle-ci que vous vous souvenez d’une personne ayant déjà croisé votre route et la mémoire à court terme est sollicitée pour éviter que vous ayez à poser deux fois la même question lors d’un échange verbal. Ceci étant dit, il semblerait que les activités cognitives sont les meilleures stratégies pour prendre soin de sa matière grise tout comme les sports stimulant la coordination, dont les arts martiaux, le taï-chi et la natation.  

Les besoins affectifs à travers la pyramide de Maslow 

Après tout, il ne faut pas omettre que dans la théorie de la pyramide de Maslow (représentation hiérarchique des besoins de l’être humain), les besoins affectifs suivent les besoins primaires soit de manger, boire, respirer, dormir ainsi que les besoins de sécurité. Alors, les relations interpersonnelles demeurent un pilier dans l’équilibre adaptatif des individus. Par ailleurs, il est important de mentionner que les diverses études mettent l’accent sur la qualité des liens sociaux avant la quantité.  


Crédit image @Canva

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