Ven. Fév 3rd, 2023

Par Alexandre Ménard

Celui qui était vu comme un potentiel successeur de Benoît XVI au titre de souverain pontife se retrouve aujourd’hui visé par des allégations d’agressions sexuelles. Le cardinal Marc Ouellet aurait posé des gestes inappropriés sur une stagiaire du diocèse de Québec entre 2008 et 2010.

Dans ce document judiciaire rendu public le 16 août dernier, la plaignante identifiée par la lettre « F » reproche à l’influent cardinal Ouellet, entre 2008 et 2010, une série d’attouchements inappropriés à son égard. Toujours selon le document, l’ecclésiastique l’aurait notamment embrassé à plusieurs reprises, lui aurait caressé le dos, lui aurait massé les épaules et touché les fesses.

Pour la première fois, le nom du cardinal Ouellet se retrouve cité dans une action collective contre le diocèse de Québec pour des agressions sexuelles ayant fait une centaine de victimes.

Le pape exclut l’ouverture d’une nouvelle enquête.

Le 18 août dernier, Matteo Bruni, porte-parole du Vatican, annonçait que le pape François, faute « d’éléments suffisants », excluait l’ouverture d’une enquête canonique contre le cardinal Ouellet. Cette décision se fonde sur l’avis du père Jacques Servais, qui était mandaté par le Saint-Père d’enquêter sur le cardinal québécois au début de l’année 2021 après que « F. » ait envoyé en 2020 une lettre au pape dans laquelle elle expose les comportements troublants.

Questionné sur le sujet, Maurice Demers, professeur titulaire au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et membre du corps professoral du Centre d’étude du religieux contemporain, mentionne que « c’est encore une occasion ratée par l’Église qui ne semble pas apprendre de ses erreurs, surtout sur la question des agressions sexuelles ». Il ajoute que cette décision du pape de ne pas ouvrir une nouvelle enquête « renforce cette image d’opacité et celle de ne pas prendre au sérieux les cas d’agressions sexuelles ».

Plusieurs spécialistes ont soulevé un manque d’impartialité dans l’enquête du père Servais étant donné que lui et le cardinal Ouellet se connaissent très bien. Partageant cette opinion, le professeur Demers soutient que « le Vatican n’a visiblement pas mis tous les efforts pour faire la lumière sur la situation, ce qui démontre à nouveau qu’ils ne prennent pas au sérieux les cas d’agressions sexuelles. Si nous sommes si convaincus du côté du Vatican que le cardinal Ouellet est innocent de ce qui lui est reproché, je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas voulu faire une vraie enquête sans conflit d’intérêts et qui respecte les procédures vaticanes. »

«Je nie fermement avoir fait des gestes déplacés sur sa personne»

Trois jours après ces révélations, soit le 19 août dernier, dans une lettre publiée sur le site du Vatican, le cardinal nie fermement les accusations les qualifiant de « fausses » et « diffamatoires ».

Néanmoins, Christine Kirouack, ombudsman de l’archidiocèse de Montréal, souligne que l’attention médiatique sur les allégations visant le cardinal Ouellet a motivé des dizaines de femmes à briser le silence ainsi qu’à briser le stéréotype des scandales sexuels faisant des jeunes enfants les seules victimes, selon les informations de Radio-Canada.


Crédit image @Guiseppe Verda

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