Dim. Juin 23rd, 2024

Par Elizabeth Gagné 

Le 9 mai a eu lieu la projection du documentaire d’Alanis Obomsawin,  Depuis quand ressent-on l’obligation de répondre correctement au lieu de répondre honnêtement? dans le cadre du 12e colloque international pour étudiants et étudiantes du Centre d’études du religieux contemporain de l’Université de Sherbrooke. Réalisé en 2009, ce film rend hommage au professeur Norman Cornett et à ses méthodes d’enseignement peu orthodoxes, mais grandement appréciées de ses étudiants et étudiantes.  

Précédant l’évènement, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec professeur Cornett afin de discuter de son approche dialogique à l’éducation. Un seul mot peut résumer mes échanges avec Norman Cornett : passionné. À l’âge de 74 ans, ce professeur originaire du Texas qui a étudié les sciences des religions est encore fougueux de transmettre sa philosophie éducative. C’est d’ailleurs sa raison d’être que de léguer son approche dialogique aux générations futures d’enseignants et d’enseignantes ainsi que la raison de sa venue à Sherbrooke.  

Quelle est donc cette fameuse approche ?  

« Dans cette société multiculturelle, l’approche dialogique est de créer un espace d’éducation non menaçant pour pouvoir dialoguer », explique professeur Cornett. Pour lui, le dialogue ne veut pas dire qu’on est tous d’accord, mais plutôt qu’on est à l’écoute de l’autre. Cela part du principe philosophique, explique-t-il, du concept de l’altérité. C’est par le dialogue donc qu’on va pouvoir « démystifier l’altérité », dit Cornett.  

« La clé de l’enseignement, ce n’est pas le prof qui parle, mais le prof qui écoute et la clé du dialogue c’est d’être à l’écoute de l’autre, à l’écoute de l’altérité. » L’écoute est donc au centre de sa philosophie, mais l’art joue également un rôle central dans l’approche dialogique. Pour Cornett, les arts constituent le « modus operandi » de son approche dialogique. « Pour cause, la raison d’être des arts c’est la pensée créative et l’expression créative. » Selon lui, « on n’est pas là pour répéter, on est là pour imaginer, pour réfléchir, pour penser », c’est ça le but de l’éducation. Or, il voyait que les étudiants et étudiantes, sur les campus, vivaient une « course contre la monte ». Ils couraient toujours d’une classe à l’autre. C’est à partir de ce constat qu’il s’est posé la question suivante : « Et s’il y avait un changement de paradigme pédagogique, qu’au lieu d’être à la course on soit là en réflexion, qu’on puisse respirer et vraiment prendre son souffle ».  

Depuis, il a fait de sa classe un lieu de réflexion. Sans réflexion, on ne peut pas assimiler la matière, ce qui est un des fondements de l’éducation du terme technique de l’acquisition cognitive, dit professeur Cornett.   

Mais pourquoi les Arts ?  

En se référant au philosophe John Locke, il mentionne l’importance des « sens » dans l’apprentissage. Qu’ils soient auditifs, visuels, olfactifs ou tactiles, les arts vont de pair avec cette approche sensorielle, dit-il. « L’apprentissage ne se fait pas seulement en lisant un livre et en le répétant. On apprend par ce qu’on entend, par ce qu’on touche et donc il faut se prévaloir de tous les sens de l’être humain et éviter cette approche réductionniste de l’éducation à lire et répéter ou à écouter et répéter. » Persuadé que dans chaque étudiant et étudiante se cache un ou une poète, il faut dès lors chercher comment éveiller le ou la poète qui dort en chaque personne.  

Il a donc intégré l’écriture intuitive, une expression de son cru, basé sur le concept d’Andrée Breton de l’écriture automatique. Elle consiste à écrire sur le jet, à l’instant même, tout ce qui nous passe par la tête à propos d’un sujet. C’est une forme de liberté créative qui reflète encore une fois l’importance des arts dans l’apprentissage. Il poursuit en disant qu’à force de répéter et répéter, on endort les étudiants et les étudiantes. Il ne trouve pas ça normal de leur demander de passer trois, voire six heures à écouter. C’est pourquoi il préfère lire à haute voix le texte anonyme que les étudiants ont écrit en dialogue avec le sujet afin de former un cœur, mais également afin de valoriser le travail anonyme de l’étudiant si important pour créer l’étincelle d’une conversation collective.  

La place des arts et de la religion en éducation 

Étant donné que M. Cornett a étudié en science des religions, j’ai voulu connaître son opinion sur l’abolition du cours d’éthique et culture religieuse au Québec et, plus près de nous, sur la fermeture du Centre d’études du religieux contemporain de l’UdeS. Il a avoué que quelques jours avant la fin de ces études à l’Université Berkeley en Californie, il a eu des doutes quant au choix de sa spécialité. « Or, il n’en est rien, exprime-t-il. La religion est au cœur des débats de société. Regardez la loi 21 (…), regardez toute l’histoire du Canada français foncièrement catholique et sa transition vers le Québec moderne séculier, sinon post-moderne. On ne peut comprendre le Québec sans une connaissance vraiment aiguisée de la religion, de ses enjeux et de son impact! » Il est même allé plus loin dans sa réflexion en parlant des coupures dans les commissions scolaires qui s’attaquent aux arts. Selon lui, « c’est parce qu’on veut former des morceaux de la machine qui vont faire partie de l’appareil qui va fonctionner, mais on ne peut pas aborder la question humaine en faisant fi de la spiritualité. Elle est même de la force motrice de la condition humaine. Or, quand on écarte les arts et la beauté, l’esprit et la spiritualité qu’est-ce qu’il reste ? ».  

Sur ces paroles, qui portent à réflexion, on ne peut que penser à l’importance d’intégrer la culture et les arts dans le système d’éducation afin de former des citoyens qui réfléchissent par eux-mêmes et qui sont à l’écoute des autres. Cela revêt d’autant plus d’importance dans une société où notre tissu démographique sera de plus en plus multiculturel.  


Source: ONF

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