Mar. Juil 23rd, 2024

Par Coralie Gince 

Au Pérou, l’adoption du décret classifiant la transidentité parmi les «troubles mentaux», le 10 mai 2024, a provoqué une vague de protestation chez les membres de la communauté LGBTQIA2+. Une manifestation s’est tenue lors de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai, devant les bureaux du ministère de la Santé, à Lima.  

Des banderoles portant des messages tels que « Rien à guérir » et « Nous ne sommes pas des malades mentaux » montrent l’indignation de la communauté face à cette pathologisation de leur réalité. Les personnes militantes exigent l’abrogation totale du décret, affirmant que leurs identités ne sont pas des maladies et appelant à la protection et à la reconnaissance de leurs droits.  

Soutien international 

Des organisations internationales, telles que Human Rights Watch et Amnistie internationale, se sont ralliées au mouvement de revendication en dénonçant son caractère transphobe et discriminatoire.  

« Pathologiser officiellement les personnes LGBT (…) peut sérieusement contrer les efforts visant à améliorer la protection des droits fondés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre », a déclaré l’organisation Human Rights Watch dans un article publié sur son site internet. 

Le décret récemment adopté va à l’encontre du retrait officiel de la transidentité comme « trouble mental » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2022, ayant pour objectif de réduire la stigmatisation et permettre un meilleur accès aux soins de santé pour les personnes concernées.  

Réaction gouvernementale 

En réponse aux revendications, le gouvernement péruvien a refusé d’abroger le décret, justifiant son adoption par le désir que les traitements liés à la transition de genre soient couverts par l’assurance maladie. 

Carlos Alvarado, le porte-parole du ministère de la Santé, soutient que le décret a été interprété de façon erronée par la population. « Le décret va être maintenu, car nous ne pouvons pas supprimer le droit aux soins. » La transsexualité « n’est pas un problème de santé mentale et nous sommes d’accord avec cela, au point qu’il existe plusieurs documents ministériels qui le précisent », a-t-il spécifié.   

Une inaction politique persistante 

Selon les statistiques, au Pérou, les personnes trans représentent la moitié des victimes de violation des droits des personnes LGBTQIA2+. Historiquement, 40% d’entre elles ont été la cible de plusieurs thérapies de conversion abusives avant les années 1970, selon un rapport publié en 2019.  

La montée d’un régime politique de droite radicale au Pérou, prônant des valeurs traditionnelles et conservatrices, participe au climat d’insécurité des personnes trans avec le développement de politiques sociales discriminatoires portant atteinte à leurs droits et l’inaction gouvernementale face aux violences vécues. 

Un pas vers le changement ? 

Le mouvement de protestation au Pérou marque un moment crucial dans la lutte pour les droits des personnes trans en Amérique latine. Cette solidarité est un pas vers la reconnaissance de leurs droits et pourrait mener à une révision du décret par le gouvernement péruvien.  

« Nous resterons dans les rues jusqu’à ce que justice soit rendue. Nos vies et nos identités ne sont pas des maladies », martèle Diego Castillo, une figure importante du mouvement trans.   


Source: rfi

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