Ven. Jan 27th, 2023

Par Jacob Desrosiers

Dans un contexte d’escalade de tensions entre les États-Unis et la Chine, la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi est allée visiter Taïwan mardi dernier. Il s’agit, à la base, d’un événement majeur alors que Mme Pelosi se trouve à être la première élue américaine à visiter l’île depuis les 25 dernières années. La visite était courte, durant environ 19 heures, et avait pour but de manifester la volonté de Washington de protéger Taïwan des menaces de la République populaire de Chine (RPC) et de veiller à la protection de la démocratie à l’international.

Il va sans dire que cette visite a fait couler énormément d’encre depuis sa conclusion et même avant qu’elle n’ait lieu. À titre d’exemple, le ministre des Affaires étrangères de la RPC Wang Yi a déclaré le 3 août dernier, en réponse à la fameuse visite, que cette dernière démontre à quel point « certains élus américains sont de véritables fauteurs de troubles au niveau des relations sino-américaines » et que les États-Unis incarnent désormais « la plus grande force destructrice à l’égard de la paix dans le détroit de Taïwan et de la stabilité de la région ». La tension est par ailleurs montée d’un cran à la fin de la semaine lorsque la RPC a procédé à des exercices militaires à proximité relative de l’île, au cours desquels des missiles chinois ont apparemment survolé au-dessus de cette dernière.

L’enjeu derrière la visite

D’entrée de jeu, il est important de savoir que derrière cette courte visite par Mme Pelosi se cache un enjeu particulièrement complexe dont l’origine remonte à la fin de la guerre civile chinoise ; la victoire des troupes communistes de Mao Zedong sur les troupes du régime en place à l’époque et la proclamation de la RPC en 1949. Après la victoire de Mao, les représentants de l’ancien régime (connu sous le nom de République de Chine) ont fui la RPC et se sont réfugiés à Taïwan afin de continuer à administrer le pouvoir à distance. Depuis, il existe techniquement deux Chine : la République de Chine et la République populaire de Chine.

À cela s’ajoute également un des principaux piliers sur lesquels reposent les relations sino-américaines : la fameuse politique d’une seule Chine (One China Policy en langue de Shakespeare). À la base, cette politique comprend deux aspects. Le premier aspect relève d’une reconnaissance diplomatique selon laquelle la RPC est la seule et unique « véritable » Chine, et donc qu’il n’y a qu’un seul gouvernement chinois ; celui de Beijing. Cette politique est déterminante pour quiconque veut établir des relations diplomatiques officielles avec la RPC. Le second aspect à cette politique est un principe selon lequel Taïwan est une partie de la RPC et non un État indépendant. Évidemment, la position du gouvernement taïwanais actuel est opposée à ce principe.

À la base, les États-Unis ont eux aussi respecté ladite politique lorsqu’ils ont établi des relations diplomatiques officielles avec la RPC en 1979. Pourtant, malgré cela, Washington entretient également des relations avec Taipei. Soulignons d’ailleurs que Mme Pelosi avait écrit dans un éditorial publié dans le Washington Post servant à justifier sa visite sur l’île que les Américains « ne peuvent se tenir à l’écart pendant que le Parti communiste de Chine (PCC) menace Taïwan et la démocratie elle-même ».

Cela frustre particulièrement Beijing, surtout depuis l’avènement du présent gouvernement indépendantiste taïwanais et du support américain à leur cause, communément perçu par l’État chinois comme un acte d’ingérence dans ses affaires internes.

 

Effets directs de la visite

Comme expliqué plus haut, la visite était fortement dénoncée par les représentants étatiques chinois avant même qu’elle n’ait eu lieu. Par exemple, selon des informations rapportées par Al Jazeera en date du 2 août, des représentants du Parti communiste chinois (PCC) ont condamné véhément la visite en la qualifiant d’« extrêmement dangereuse ». Ils ont ajouté du même coup que les conséquences devront être assumées par les « forces séparatistes taïwanaises » et Washington.

Cela étant dit, quelles ont été les conséquences jusqu’à présent ? Depuis la visite, la Chine fait savoir son mécontentement de diverses façons, mais surtout à travers la tenue d’exercices militaires avec de réelles munitions à proximité de l’île. Plusieurs hypothèses ont été émises quant à la nature de ces actions, dont celle d’une simulation d’invasion de Taïwan par l’Armée populaire de libération.


Les relations sino-américaines, déjà négatives, ont aussi été lourdement affectées par la visite de Mme Pelosi. Le meilleur exemple illustrant cette affirmation est sans doute la décision prise par le PCC de suspendre ses efforts en matière de collaboration à l’international avec les Américains sur des enjeux importants comme la lutte contre les changements climatiques, par exemple.

La goute faisant déborder le vase?

Considérant l’état actuel des relations sino-américaines et le fait que les tensions sont extrêmement vives dans le détroit de Taïwan, il est tout à fait pertinent de se demander si cet épisode pourrait être suffisant pour amener Beijing et Washington à prendre les armes. Selon bon nombre de spécialistes tel le politologue Titus Chen de l’Université nationale Sun Yat-sen, il ne serait pas dans les intérêts de Xi Jinping de s’engager dans une guerre pour le moment, mais plutôt de se montrer comme un leader fort alors qu’il tentera d’obtenir un 3e mandat consécutif en tant que chef du PCC cet automne. Cependant, comme on sait, rien n’est certain en politique internationale.


Crédit image @Luke Michael

FORMER ET INFORMER / Le Collectif a pour mission de rapporter objectivement les actualités à la population et d’offrir une tribune à la communauté étudiante de Sherbrooke et ses associations. Toutes les déclarations et/ou opinions exprimées dans les articles ou dans le choix d’un sujet sont uniquement les opinions et la responsabilité de la personne ou de l’entité rédactrice du contenu. Toute entrevue ou annonce est effectuée et livrée dans un but informatif et ne sert en aucun cas à représenter ou à faire la promotion des allégeances politiques ou des valeurs éthiques du journal Le Collectif et de son équipe.