Ven. Jan 27th, 2023

Par Julien Leduc

OPINION – La campagne électorale a franchi la ligne d’arrivée le 3 octobre dernier. Les chef.fes des différents partis politiques ont abordé des enjeux importants pour l’avenir du Québec : la crise du logement, le français, l’inflation, la laïcité et plusieurs autres.

Malgré l’importance de ces enjeux, il aurait été idyllique de penser que le taux de participation augmenterait significativement. Au simple survol des statistiques offertes par le site web d’Élections Québec, l’augmentation de la population électorale est inversement proportionnelle au taux de participation depuis 1976.

Le manque de participation à ce devoir peut créer des situations démocratiquement malsaines. Prenons l’exemple de la démocratie haïtienne. Selon un article du journal Le Soleil, le taux de participation au premier tour des élections présidentielles haïtiennes était de 21 % en 2017. Bien que des facteurs administratifs et une campagne de faible qualité aient pu avoir un effet sur cette statistique, il est clair que les personnes haïtiennes n’ont plus confiance envers leurs institutions.

Qu’est-ce qui explique le manque d’attrait au devoir citoyen au Québec ?

Historiquement, il était loisible d’affirmer que les masses populaires n’avaient pas les moyens de s’affirmer politiquement dues à un manque d’accès à l’éducation et aux positions de pouvoirs : les élites dictaient le ton.

Cependant, la situation actuelle est totalement différente. L’éducation à des frais modiques est accessible à la grande majorité des Québécois et Québécoises. La personne citoyenne moyenne a désormais les outils nécessaires pour accéder et saisir les enjeux contemporains. C’est une situation horriblement paradoxale : l’accès à l’éducation et à l’information ne mène pas inéluctablement à une participation accrue à l’exercice démocratique.

Ce qui semble nous échapper, c’est que le cheminement scolaire standard ne se préoccupe que trop peu de la formation citoyenne des individus. Notre système éducatif peut mener à la formation d’excellents avocats ou médecins, mais trop rarement à des personnes citoyennes outillées ayant compris l’importance de la participation électorale.

Ayant moi-même passé par ce parcours du primaire au collégial, j’ai remarqué qu’outre les débats improvisés où les deux tiers de la classe étaient complètement désorientés, il y a du travail à faire pour former le et la citoyenne de demain. J’espère fortement que le nouveau cours de Culture et Citoyenneté québécoise offert au niveau secondaire dès septembre 2023 saura démarrer adéquatement la formation civique.

La fragmentation des identités individuelles est également une source d’éloignement au devoir citoyen à ne pas négliger. Les gens ne se retrouvent plus dans la nation, mais plutôt dans des réseaux où l’on s’identifie par des caractéristiques proprement individuelles.

Une transformation de la culture citoyenne québécoise est impossible à court terme : cela se fera au rythme des générations. Que faire d’ici là ? La promotion du devoir démocratique auprès de notre entourage est la mesure minimale à entreprendre.

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