Mer. Juil 24th, 2024

Par Raphaël Roy 

À la fin de la Guerre froide, l’importation de pétrole et de gaz russes était vue comme un recours pour diminuer la dépendance de l’Europe vis-à-vis le Moyen-Orient. En effet, les chocs pétroliers des années 1970 ont démontré la vulnérabilité des pays occidentaux et dévoilé leur dépendance aux monarchies pétrolières du Golfe. Avec le démantèlement de l’Union soviétique en 1991, la Russie était en transition vers une économie de marché. Pour les Occidentaux, elle représentait une manière de dépolitiser le secteur énergétique dans une perspective où les intérêts commerciaux des États devaient l’emporter sur la géopolitique et les logiques de puissances.  

La crise géopolitique autour de l’Ukraine a amplifié les tensions et a terni l’image de la Russie comme exportateur fiable. Après l’invasion des dernières semaines, force est de constater que les échanges commerciaux et l’interdépendance économique entre États ne suffisent pas pour assurer la paix et la sécurité. 

Une interdépendance mutuelle  

Dans ce conflit, la question énergétique est centrale. Si elle met d’abord en jeu la relation russo-ukrainienne, elle est d’envergure russo-européenne et retentit sur les relations entre la Russie et la Chine.  

Selon le Statistical Review of World Energy, la Russie était le troisième producteur mondial de pétrole et le deuxième producteur de gaz en 2021. Elle joue un rôle de premier ordre dans la dépendance européenne aux hydrocarbures. D’après Eurostat, le pays euroasiatique était le principal fournisseur de pétrole, de gaz naturel et de combustible fossile de l’Union européenne (UE) en 2019-2020. Ainsi, la Russie assure 41 % des importations européennes de gaz et 27 % du pétrole qu’elle consomme. Elle fournit également 46,7 % du charbon à l’UE et est la troisième productrice mondiale de blé.  

Dès lors, la crise en Ukraine fait craindre un déséquilibre massif sur les marchés mondiaux et une accentuation de l’inflation en Europe. Dans le cas présent, la dépendance du continent vis-à-vis la Russie et ses implications internationales amènent des questions d’ordre géopolitique. Contrairement aux États-Unis, l’Europe ne peut pas se permettre de couper entièrement les importations d’hydrocarbures russes, sachant que le pétrole du Kremlin ne représente que 8 % des importations américaines.  

Un couteau à deux tranchants  

Entre la Russie et l’UE, la dépendance est réciproque; énergétique pour l’Europe et économique pour le Kremlin, d’où le « virage asiatique » de la politique gazière russe. Il témoigne d’un extrême attachement avec le continent en matière de marchés d’exportation. Comme le souligne un article de Le Monde, « La moitié du budget de l’État russe, et donc de ses dépenses, dépend du secteur pétrogazier ». L’Europe absorbe en effet plus de 40 % des exportations russes en 2020, faisant de l’UE le premier partenaire économique de la Russie.  

En comparaison, la Chine a 14,6 % des exportations russes, encore loin derrière l’UE. Le pivot de la Russie vers l’Asie n’est pas sans conséquence sur l’équilibre des puissances dans le monde. Une dynamique multipolaire s’accélère et pourrait faire émerger un nouvel ordre international dirigé par le couple sino-russe dans les décennies à venir. 


Crédit image @ Darya Jum

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