Ven. Mai 17th, 2024

Par Amandine de Chanteloup 

Le 5 octobre 2022, le long métrage «Je pleure dans ma tête» a été rendu disponible sur la plateforme de l’Office national du film du Canada (ONF). Ce documentaire cherche à sensibiliser les sociétés occidentales aux enjeux migratoires ainsi qu’aux droits des enfants. Véritable hommage à la résilience et aux stratégies de survie des enfants témoins des bombes et des camps, ce film souligne l’importance de les comprendre afin de réussir à les aider dans leur intégration scolaire au Québec.  

Ce long métrage a été présenté au Festival international de films documentaires sur les droits de la personne One World, à Prague, ainsi qu’au festival DOC-Cévennes en France et aux Rendez-vous Québec Cinéma.  

Véritable ode au courage de ces enfants, ce documentaire amène le public au sein de diverses écoles québécoises afin de rencontrer quelques élèves ayant déjà vécu l’indicible. La plupart sont des réfugiés dont la famille a fui la guerre et la violence.  

Un regard engagé 

Hélène Magny, la réalisatrice du documentaire, se passionne pour ce média depuis près de 20 ans. Ses créations lui ont permis d’aborder bien des sujets, allant de la résistance à la dictature en Birmanie, à la maladie mentale à l’Institut national de psychiatrie légale Philipe-Pinel, aux problèmes migratoires, jusqu’à l’impact du journalisme sur la démocratisation de la République démocratique du Congo. Son but est donc d’aller porter un regard ouvert aux difficultés mondiales, tout en cherchant à sensibiliser son public dans l’espoir d’un avenir meilleur. 

Grâce à son nouveau documentaire, qui se trouve être son neuvième film, ainsi que sa première collaboration avec l’ONF, la réalisatrice cherche à comprendre comment les écoles québécoises peuvent aider ces enfants réfugiés nouvellement arrivés au pays. 

Comprend-on bien le parcours, les souffrances et les traumatismes de ces enfants ? 

« Ce film-là, je l’ai fait parce qu’on s’intéresse beaucoup au présent des réfugiés, mais on ne s’intéresse pas au passé, à la reconstruction psychologique. […] Les traumas laissent des traces. » 

«Les traumas par les mots» 

Grâce au regard particulier de Garine Papazian-Zohrabian, une psychologue spécialisée dans les traumatismes de guerre, mais aussi porteuse de la mémoire arménienne, Hélène Magny emmène son public dans différentes écoles afin de partager la formation de Garine offerte à ces établissements. Le but d’une telle démarche est d’offrir au personnel enseignant les outils nécessaires à la gestion des problèmes psychosociaux dont souffrent les jeunes réfugiés présents dans leurs classes. « Très peu de membres de la direction d’écoles connaissaient le parcours des jeunes qu’ils recevaient », déclare la réalisatrice.  

Garine propose de créer des groupes de parole, où tous peuvent se sentir assez à l’aise pour exprimer ce qu’ils ressentent. À l’école, bien des choses se font plus naturellement pour les enfants, ce qui peut leur permettre d’aller chercher un accompagnement nécessaire. Bien souvent, les réfugiés sont incompris. On ne saisit pas leur déconnexion causée par les nombreux traumatismes vécus. On a souvent tendance à les emprisonner sous l’étiquette de « TDAH », ce qui ne permet pas toujours de considérer l’évolution de leur état mental.  

« Pensez à tous les enfants dans vos écoles qui sont agressifs, en colère, un peu violents. Souvent, vous voyez ça comme un problème de comportement, mais c’est important de voir la souffrance derrière. Qu’est-ce que cet enfant a vécu pour être tellement en colère ? » 

Le corps enseignant formé par Garine va donc offrir cette expérience de groupe de parole à ses élèves, faisant ainsi un pas vers eux, vers l’écoute de leur histoire et de leurs émotions, sans les brimer. « Il y a des enfants qui ont vu des atrocités, des cousins, des amis mangés par des bêtes. » 

Ces enfants sont conscients du danger qu’ils courraient dans leur pays d’origine, et continuent de penser à leur famille laissée sur place. « J’ai quitté la moitié de ma famille. Je pleure dans ma tête, mais parfois je ne peux pas résister. » 

Des parcours divers et variés 

En plus de donner une voix aux jeunes enfants, le documentaire vient également mettre en lumière le parcours d’une jeune mère de 17 ans, ayant passé sa vie dans un camp de réfugiés en Côte d’Ivoire : Manjy. À l’âge de 7 ans, elle est forcée à commencer à travailler. Tombée enceinte à seulement 12 ans des suites d’une agression sexuelle, elle est contrainte à prendre en charge sa nouvelle famille. Ses proches ne comprennent pas la situation, si bien qu’elle est laissée à elle-même, sans soutien. Arrivée au Canada sans jamais être allée à l’école, cette jeune femme a pu compter sur l’une de ses enseignantes afin de surmonter les obstacles. « Je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir une vie où on pouvait aller à l’école, avoir des amis, acheter les choses qu’on veut. » 

Ces enfants, plus ou moins jeunes, sont dotés d’une extraordinaire résilience qui leur a permis de trouver un sens à une vie qui ne semblait plus en avoir. Respect, non-jugement et liberté d’expression sont de véritables trésors offerts par le nouveau cadre de vie de ces nouveaux arrivants. 


Crédit image @Facebook

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