Jeu. Juil 18th, 2024

Par Estelle Lamotte

Dans son roman Là où je me terre, paru en 2021, Caroline Dawson nous plonge au cœur de son expérience de réfugiée, aux confins de son intimité, celle d’une enfant chilienne fuyant son pays afin d’échapper à la dictature de Pinochet. Entre choc culturel, volonté d’existence et désir d’effacement, cette dernière rend compte, avec émotions, des différents conflits ayant traversé la difficile construction d’une identité tiraillée entre deux cultures antagonistes.

 À travers son roman, l’ancienne finaliste du Prix du récit 2018 de Radio-Canada évoque son enfance, dans une écriture aux confins d’une « mémoire trouée et bringuebalante ». Près de trente ans plus tard, alors qu’elle est enceinte pour la seconde fois, surgit un besoin viscéral de rédiger cette première œuvre. Là où je me terre raconte l’histoire, en une suite de courts épisodes, du quotidien d’une famille de réfugiés.

Une histoire, au féminin

« L’immigration est presque toujours un récit d’hommes. Les femmes, elles, se taisent et subissent », constate Caroline Dawson dans son récit publié aux Éditions du remue-ménage. Selon cette dernière, il s’agit d’un engrenage à briser, n’ayant jamais — ou très peu — trouvé de récits de femmes immigrantes. « Il y a une certaine forme de violence dans cette invisibilisation », souligne-t-elle au détour d’une page.

Là où je me terre n’est pas non plus le récit des origines. Au contraire, il nous donne à voir la construction de son identité, bâtie au rythme de son intégration à Montréal. « Quand tu es un enfant, tu n’es pas attaché au passé », écrit à ce propos l’autrice, dans ce roman polyvalent qui commence à faire son chemin dans les mains des lecteurs et lectrices.

Le conflit identitaire au cœur du roman

Le texte est semblable à une promesse que la professeure de sociologie se proclame à elle-même : l’importance de se souvenir de ce qu’une mère a dû sacrifier afin de procurer à ses enfants l’existence la plus douce possible. C’est en cela que réside en partie la force du roman, où la colère n’empiète jamais sur la gratitude.

Si l’histoire de cette jeune fille naviguant dans ce contexte complexe demeure au cœur du roman, Caroline Dawson souhaite, par son écriture, orienter les réflexions autour de la construction identitaire. Une identité menacée, compressée, révolue, oubliée? La position de l’autrice révèle la complexité des sentiments liés à l’exil physique, et, plus profond encore, l’exil psychologique, celui qui vous condamne, vous et votre culture, aux confins de l’oubli. Un roman fort et qui marquera la littérature québécoise contemporaine pour un bon moment encore.

Le roman est disponible dans toutes bonnes librairies.


Crédit photo @ Hélène Bughin

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