Mar. Fév 27th, 2024

Par Pierre-Nicolas Bastida-Tousignant 

ANALYSE/Le 24 janvier dernier, la Banque du Canada (BdC) a annoncé le maintien de son taux directeur à 500 points de base (5 %) pour une quatrième annonce consécutive. Depuis 2022, l’inflation est un lourd sujet de frustration pour tous. La hausse du taux d’inflation canadienne pour le mois de décembre (+0,3 %) sous-entend que les tensions nationales et internationales pèsent encore lourd sur notre économie. Les indicateurs économiques semblent indiquer que l’inflation pourrait persister tout au long de l’année 2024. La question du jour est donc : à quand la baisse des taux d’intérêt de la Banque du Canada?  

Le niveau des prix actuel indique que la pression provenant des variations du prix de l’essence se relâche graduellement en variation mensuelle (-4,2 %), mais maintient tout de même un niveau élevé. Les tensions internationales importantes semblent être en cause. De surcroit, ces dernières ont causé une forte augmentation notable des prix des intrants durant l’année 2023. On constate donc une forte part de l’augmentation du niveau des prix accordé au prix des loyers (5,9 %), des automobiles (3,2 %), des produits alimentaires (7,8 %) et du transport aérien (31,1 %). On constate aussi que l’augmentation de la portion du paiement du crédit sur les remboursements des emprunts a fortement contribué à éroder le revenu disponible des agents économiques, augmentant largement la sensibilité de l’économie aux possibles variations du taux d’intérêt de la BdC. 

S’ajuster à l’inflation 

Les perceptions et attentes d’inflation des consommateurs et des entreprises, bien qu’elles aient diminué, se maintiennent à un niveau relativement élevé. Plus de 60 % des consommateurs indiquent avoir réduit leurs dépenses. Les entreprises indiquent une forte préoccupation quant aux incertitudes, pressions sur les prix et des variations de la demande. Pour la pallier, elles entreprennent de modifier la structure de leur production. Pourtant, les entreprises portent un lourd taux d’endettement qui pourrait, dans un scénario pessimiste, entrainer des fermetures et des mises à pied.  

Dans ce cas de figure, l’effet domino se ferait ressentir rapidement par les ménages qui, eux, essuient présentement une augmentation des défauts de paiement du crédit. Malgré tout, la forte diminution de la pénurie de main-d’œuvre au pays réduit les pressions sur le marché de l’emploi. Cet effet est une conséquence du fort niveau d’immigration en 2023, bien que bénéfique pour pallier le besoin de main-d’œuvre, ayant entrainé de fortes pressions sur le marché immobilier. 

Quelle prospective? 

Il est peu probable que la BdC diminue son taux d’intérêt d’ici la prochaine annonce en mars. Un tel geste pourrait entrainer une rupture du processus de refroidissement de notre économie. Afin de maintenir fermement sa crédibilité, la BdC devrait entamer la réduction de son taux de 0,25 % en avril, si la tendance actuelle se maintient, ou au plus tard en juin, si les pressions nationales et internationales s’exacerbent. Le risque de persistance inflationniste reste tout de même présent, rendant toute analyse délicate et incertaine. Cela dit, si les attentes d’inflation des agents poursuivent leur diminution, il est admissible qu’en décembre 2024, la BdC réduise son taux à 3,75 %.  


Source: Wikimedia Commons

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