Mer. Avr 24th, 2024

Par Carolanne Boileau

C’est mardi dernier qu’on apprenait le décès de Françoise Riopelle. Le 18 juillet 2022, à l’âge de 95 ans, une grande dame s’est éteinte. Madame Riopelle était l’une des membres signataires du Refus global, mais également une femme qui a changé le domaine artistique au Québec.

Il y a certaines personnes qui laissent des traces non négligeables dans l’histoire. Des avant-gardistes, des artistes, des activistes… Françoise Riopelle était tout cela à la fois. Malheureusement, il arrive parfois que certaines actions soient oubliées puisqu’elles semblent bien lointaines. C’est pour cette raison qu’il est important de se les remémorer pour se rappeler le chemin parcouru.

Une grande femme

Pour les femmes de son époque, Françoise Riopelle menait une vie digne d’un film. Née à Montréal en 1927 dans une famille religieuse, celle-ci ne garde pas son nom de jeune fille bien longtemps, comme mentionné dans Le Devoir. À l’âge de 19 ans, Françoise Lespérance devient Françoise Riopelle. Il semble que qui se ressemble s’assemble puisque la passionnée de danse s’est, en effet, mariée à Jean Paul Riopelle, célèbre peintre et ami d’enfance de son frère.

Peu de temps après leur union, le couple quitte Montréal pour aller vivre à Paris. C’est durant cette période que la jeune femme s’implique dans les arts parisiens et s’intéresse à la danse moderne, selon les faits rapportés par Le Devoir. Cette expérience marque certainement son parcours. Au bout de 10 ans, elle revient finalement à Montréal, la terre où elle est née, et débute son ascension dans le milieu artistique québécois.

Refus global et danse moderne

La participation de Françoise Riopelle au manifeste du Refus global de Paul-Émile Borduas est une implication non négligeable dans sa vie et pour la société québécoise. À l’époque, l’idée véhiculée dans ce projet était extrêmement audacieuse. Le Refus global remettait en question les idéologies traditionnelles d’un Québec qui n’avait pas encore connu la Révolution tranquille. La communauté d’artistes qui a signé ce manifeste confrontait l’Église et souhaitait une ouverture sur le monde. Ils voulaient que les arts, comme la danse, cessent d’être péchés.

Porter de telles revendications à l’époque était extrêmement complexe et ambitieux. Lors d’une entrevue avec La Presse en 2013, Madame Riopelle avait même mentionné que « le fait de se révolter contre quelque chose d’aussi puissant que le clergé, il fallait qu’on se sente fort ». On peut imaginer que c’est encore plus significatif lorsque c’est une femme qui porte de telles revendications dans les années 40.

Avec leur petit groupe, les artistes québécois qui ont porté sur leurs épaules le Refus global ont réussi à se mener à leur propre émancipation et à lancer la Révolution tranquille dans le domaine des arts au Québec. Les grands changements qui ont suivi Refus global n’ont pas réellement affecté Madame Riopelle, qui était toujours en France à ce moment. Cependant, à son retour à Montréal, il y avait certainement quelque chose de changé.

En 1958, après son immersion dans la ville parisienne, Françoise Riopelle ouvre sa propre école de danse dans la grande métropole. À l’époque et à la suite de son divorce, elle souhaitait se consacrer entièrement à ses passions : la danse et ses filles.

Par la suite, en 1961, la chorégraphe, en collaboration avec l’artiste Jeanne Renaud, fonde le Groupe de danse moderne de Montréal. Cette toute nouvelle école de danse est la première du genre au Canada. Avec celle-ci, les deux femmes deviennent rapidement des pionnières de la danse moderne.

Une référence dans le milieu

Les personnes dans le domaine de la danse ne sont pas gênées d’affirmer que Madame Riopelle a laissé un énorme héritage au Québec, mais surtout au milieu de la danse contemporaine, lors d’une entrevue avec le journal La Presse. En plus de son parcours en tant que danseuse et chorégraphe, Françoise Riopelle a participé à la mise sur pied du département de danse de l’UQAM.

En entrevue avec La Presse, l’ex-interprète et consultante en danse Sylvianne Martineau affirme que « c’est grâce à Françoise Riopelle si le module de danse à l’UQAM s’est scindé de celui du théâtre pour devenir, plus tard, un département autonome qui a formé les Virginie Brunet, Frédérick Gravel, Catherine Gaudet, Hélène Blackburn, Hélène Langevin, entre autres. »

Des implications qui transcendent les domaines et le temps

Chose certaine, la grande dame qu’était Françoise Riopelle a eu une incidence particulièrement grande sur la société et la culture québécoise. Elle a réussi à laisser sa trace dans son domaine de prédilection, la danse, mais également dans l’imaginaire des Québécois et des Québécoises qui ont finalement goûté à une ouverture sur le monde.

Madame Riopelle a permis au Québec de se libérer des mains du clergé en signant Refus global et a mis le talent québécois en lumière. Ceux et celles qui l’ont côtoyée s’entendent pour dire que c’était une femme passionnée, forte et courageuse. Elle laisse certainement un exemple à suivre pour toutes les jeunes filles talentueuses.

Et surtout, Françoise Riopelle était une artiste d’envergure, une femme de caractère. Elle n’était pas seulement la femme de Jean Paul Riopelle, la conjointe de Pierre Mercure ou de Neil Chotem comme dénoncent certains dans leurs témoignages offerts aux journalistes de La Presse. C’était une femme de caractère qui a contribué à la construction de l’art moderne.

Il faut se souvenir de Françoise Riopelle, du cadeau artistique qu’elle a fait au Québec et surtout, que derrière chaque grand homme, il y a une femme.


Crédit image @MNBAQ

FORMER ET INFORMER / Le Collectif a pour mission de rapporter objectivement les actualités à la population et d’offrir une tribune à la communauté étudiante de Sherbrooke et ses associations. Toutes les déclarations et/ou opinions exprimées dans les articles ou dans le choix d’un sujet sont uniquement les opinions et la responsabilité de la personne ou de l’entité rédactrice du contenu. Toute entrevue ou annonce est effectuée et livrée dans un but informatif et ne sert en aucun cas à représenter ou à faire la promotion des allégeances politiques ou des valeurs éthiques du journal Le Collectif et de son équipe.