Lun. Mai 16th, 2022

Par Victor Dionne 

Du 28 mars au 1er avril, 32 représentants autochtones et survivants des pensionnats étaient présents à Rome pour rencontrer le pape François au Vatican. Accompagnée d’évêques canadiens, la délégation de l’Assemblée des Premières Nations à Rome tentait d’obtenir au moins des excuses officielles du Père de la chrétienté pour le rôle joué par l’Église catholique dans l’administration des pensionnats. À la suite d’une semaine agitée et riche en émotions pour les membres des communautés autochtones, la mission a été réussie.  

« Je demande le pardon de Dieu et je veux vous dire de tout mon cœur : je suis vraiment désolé », disait le pape François en reconnaissant la responsabilité de l’institution religieuse concernant les abus envers la culture, les valeurs spirituelles et l’identité autochtone. Le chef Gerald Antoine, à la tête de la délégation, a déclaré accepter les excuses, les considérant comme un geste de bonne foi. 

Les rencontres au Vatican 

La thématique des rencontres était « Les peuples autochtones et l’Église : marcher ensemble vers la guérison et la réconciliation ». Des membres délégués de chaque groupe avaient droit à une rencontre privée d’une durée d’une heure avec le Saint-Père. Les chargés d’affaires de la communauté métis étaient les premiers à discuter avec lui, tandis que les Inuits allaient être les seconds. Les délégués des Premières Nations se sont assis avec le chef de file du Clergé le lendemain, soit le 31 mars. La rencontre entre ces deux derniers partis devait prendre place initialement en décembre 2021, mais l’augmentation des cas de COVID-19 a amené son report.  

Environ 170 personnes sont allées à Rome. Taylor Behn-Tsakoza, membre de la Première Nation de Fort Nelson, mentionnait à Radio-Canada que les conversations durant le voyagement ont transmis un sentiment d’humilité généralisé. « Leur force et leur persévérance sont les raisons pour lesquelles nous sommes ici », disait-elle. Les membres des familles ont aussi pris l’avion pour soutenir les délégués officiels, ainsi que du personnel de chacun des groupes. D’ailleurs, des évêques canadiens, dont le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada Raymond Poisson, accompagnaient les autochtones dans leur quête. Le représentant du Canada auprès du Saint-Siège, Paul Gibbard, était responsable d’accueillir la délégation à son arrivée.  

En plus de rencontrer le pape François et de lui faire part de leurs revendications, les diplomates devaient visiter des musées au Vatican pour contempler des expositions d’arts autochtones. De plus, ils prévoyaient visiter Assise, ville de naissance de l’homme religieux Saint François d’Assisse, considéré comme l’un des plus grands hommes de l’Église catholique romaine.  

Encore du travail à faire 

La délégation autochtone à Rome avait plusieurs attentes à la suite des rencontres avec le pape François. Même s’il a fait ses excuses, les membres des communautés autochtones s’attendent à davantage de décisions de la part du clergé. « Beaucoup d’actions doivent encore être posées », énonçait la présidente du Ralliement national des Métis Cassidy Caron au Devoir. D’autre part, David Monias, chef de la Première Nation crie de Pimicikamak, s’est dit « attristé » qu’aucune mention des sépultures anonymes n’ait été faite dans le discours papal, rapportait La Presse canadienne.  

L’accès aux archives des communautés religieuses anciennement à la tête des pensionnats est attendu par les autochtones. Selon l’évêque William McGrattan, qui était à Rome avec la délégation, l’Église était déjà avertie de cette demande, d’après un article de Radio-Canada. Cependant, les Oblats vont ouvrir leurs archives à un chercheur du Centre national pour la vérité et la réconciliation. Ils dirigeaient 48 pensionnats au Canada, entre autres ceux de Kamloops, Marieval et Brandon. Récemment, plus de 1000 tombes anonymes avaient été découvertes dans ces institutions.  

La délégation demandait aussi à ce que l’institution catholique verse les sommes promises dédiées à la guérison des communautés. Le 27 septembre dernier, les évêques catholiques canadiens avaient fait l’annonce d’un versement de 30 millions de dollars sur cinq ans aux survivants des pensionnats. Ce montant va servir à la création de projets voués à la réconciliation.  

Néanmoins, des excuses de la part du pape François sont attendues en sol canadien. À la suite de son discours devant quelque 200 autochtones, il a fait l’annonce de sa visite prochaine au Canada. Elle devrait avoir lieu dans les prochains mois. Ce sera la quatrième fois dans l’histoire canadienne qu’un pape mettra les pieds au pays. Seul Jean-Paul II est venu auparavant en 1984, en 1987 et en 2002.  

Les pensionnats  

Les premiers pensionnats autochtones canadiens ont été fondés au XIXe siècle. De nouvelles modifications à la Loi sur les Indiens en 1876 permettaient leur création. Le gouvernement du Canada et les églises catholique, romaine, anglicane, méthodiste, presbytérienne et unie s’occupaient de leur financement et de leur gestion. Le but premier de ces institutions était « d’éduquer les jeunes autochtones, de les convertir au christianisme et de les assimiler à la société canadienne » d’après L’Encyclopédie canadienne. De 1831 à 1996, il y a eu approximativement 130 pensionnats actifs au Canada. Environ 150 000 enfants ont fréquenté ces établissements et 6000 d’entre eux sont décédés dans ces derniers. Le dernier pensionnat autochtone était en Saskatchewan et a été actif jusqu’en 1996. 

Le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), sorti en décembre 2015, précisait qu’un grand nombre d’enfants avaient été victimes d’abus physiques et sexuels dans ces institutions. La CVR estime que les systèmes des pensionnats autochtones constituent un « génocide culturel ». Selon le rapport, cette expression signifie « la destruction des structures et des pratiques qui permettent au groupe de continuer à vivre en tant que groupe ».  


Crédit image @ Melissa Griffin

Victor Dionne
Chef de pupitre SOCIÉTÉ pour le Journal Le Collectif

Lorsqu’il était jeune, Victor préférait regarder le téléjournal avec ses parents que les émissions pour enfant, même s’il ne comprenait pas toujours les enjeux. Son intérêt pour les questions sociales, culturelles et politiques l’a conduit à l'obtention d'un diplôme de l’École de politique appliquée. Aujourd’hui encore, il essaie de repousser sa capacité d’analyse en réalisant un certificat en philosophie.

Par sa vulgarisation et sa neutralité, Victor présente à ses lecteurs l’essentiel de l’actualité en s’intéressant aux divers sujets qui le passionnent.