Mar. Fév 27th, 2024

Par Amandine de Chanteloup 

Le 30 octobre dernier, Austin a accueilli dans sa petite église une projection cinématographique du documentaire «Chère Audrey», de l’Office national du film du Canada (ONF). Martin Duckworth, protagoniste du film, ainsi que Jeremiah Hayes ont d’ailleurs été conviés à l’événement afin de partager ce moment avec les invités.  

L’OSBL « Les Amis de la petite église d’Austin » a donc organisé cet événement afin de faire savoir à tous que même si l’organisation n’est pas officiellement lancée, elle est déjà en action. Bien d’autres événements de ce genre vont d’ailleurs avoir lieu dans la petite église grâce à sa volonté. 

C’est donc dans une atmosphère intime que le public s’est réuni pour assister au visionnement de ce documentaire, tout en ayant la chance d’échanger avec Martin Duckworth et Jeremiah Hayes. 

Martin Duckworth, protagoniste du film, se trouve être un descendant de Nicholas Austin, ayant développé le village connu aujourd’hui sous son nom. Duckworth travaille depuis toujours dans le monde du cinéma : la paix et la justice ont toujours été au cœur de son travail. Lorsque Jeremiah Hayes lui a proposé d’immortaliser sa vie sous forme de documentaire, il a accepté. C’est donc ainsi que le documentaire est né, permettant au spectateur d’aller à la rencontre de la vie et de la famille de Martin Duckworth, mais surtout, de rencontrer sa femme, la photographe Audrey Schirmer, atteinte de la maladie d’Alzheimer.  

 
Le documentaire a donc été présenté au sein de la petite église d’Austin, en anglais avec sous-titres en français, afin de respecter la création originale.  

L’amour face à la maladie 

Véritable hommage à l’amour que Martin porte à sa femme Audrey, le documentaire suit le couple dans son quotidien, mais également dans ses souvenirs grâce à des créations visuelles originales extraites du travail respectif de ces deux passionnés de photographie et de films. Le public a donc pu plonger dans divers événements ayant marqué la vie de Martin : luttes du mouvement des droits civiques, mouvement antiguerre des années 60, mais également dans ses péripéties amoureuses et paternelles. Ces épisodes marquants ont su lui enseigner que l’art ne devait pas exister que pour l’art dans son cas, mais qu’il devait l’utiliser à bon escient comme un outil.  

Le public a donc pu rencontrer la famille de Martin : ses deux ex-femmes, ses enfants, dont Jacqueline, une jeune femme pétillante atteinte d’autisme, mais surtout Audrey, sa femme, et la raison d’être du cinéaste : « Maintenant, le centre de ma vie, c’est Audrey. » 

Le fait qu’elle soit atteinte d’Alzheimer lui a fait réaliser à quel point l’amour pouvait être puissant, puisqu’il explique comment cette maladie n’a fait qu’accroitre ce qu’il ressentait pour elle.  

Un point d’honneur a donc été mis à rendre hommage aux productions photographiques d’Audrey, on ne peut plus impliquées dans les mouvements sociaux des années 60, mais surtout à son amour pour les gens. Martin souligne également à quel point il lui est reconnaissant d’avoir donné 15 ans de sa vie pour s’occuper de leur fille Jacqueline.  

Le film est également ponctué de passages dessinés de noir et de blanc, animés et muets, afin d’exprimer des scènes qui ni les mots ni les gens ne peuvent formuler. Une des scènes qui a d’ailleurs particulièrement marqué le public est celle où Audrey fait une crise épileptique et s’effondre par terre. La scène est justement réalisée sous forme de dessin, où l’on peut voir Martin qui tente de prendre sa femme dans ses bras, alors que cette dernière lui glisse entre les doigts telle de la poussière.  

Cet épisode a été particulièrement marquant dans la maladie d’Audrey, puisqu’il a précipité sa descente : « On dirait qu’elle est déjà morte […] Ce n’est plus la même personne… »  

Poignant et on ne peut plus authentique, le documentaire met en lumière un aspect souvent renié de l’humain : la maladie. Comment subsiste l’amour quand la maladie se glisse entre deux individus ? 

C’est justement ce que se demande Jacqueline, personnage ayant particulièrement marqué le public. Cette dernière a de la difficulté à comprendre l’état de sa mère : « Mais, peut-elle encore dire je t’aime ? » 

« Si elle se souvient des mots, » lui répond Martin.  

Dévoué à sa femme jusqu’au bout, ce dernier va même faire tout ce qui est en son pouvoir pour rester à ses côtés le plus longtemps possible, au point même où il parviendra à dormir à ses côtés lorsqu’Audrey sera placée en résidence. « Je la vois comme la meilleure personne au monde à cause de tout ce qu’on a traversé depuis 46 ans. » Même après sa mort, Audrey est partout dans leur maison, et fait encore partie intégrante de la vie de Martin. 

L’amour et le chagrin sont encore présents, malgré tout, puisque Martin a dû s’éclipser pendant la projection, pour des raisons évidentes.  

Échanges intimes entre cinéastes et invités 

À la suite de la projection du documentaire, le public a eu l’immense plaisir de pouvoir échanger avec Martin Duckworth et Jeremiah Hayes. Les invités ont donc pu confier leurs impressions et poser les questions, encore sous l’émotion du visionnement. Plusieurs d’entre eux ont eux-mêmes été touchés de près ou de loin par cette maladie, ce qui ajoutait à la proximité avec les cinéastes.  

Durant ces échanges, plusieurs thèmes forts du documentaire sont ressortis : l’importance accordée à l’amour, à la famille, mais aussi, à l’humanité. En effet, une scène a particulièrement été appréciée : celles où Martin nourrit lui-même sa femme. 

« Ce n’est pas une maladie qu’on met en avant ici, mais des humains, » déclare-t-on.  


Crédit image @ONF

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