Lun. Mai 20th, 2024

Par Yedidya Ebosiri 

Cinq commissions, 1983 pages en rapport d’enquête, un seul objectif : soigner un réseau de la santé mal en point. Depuis 35 ans, ses auscultations se font régulières. Cruellement fragilisé par la pandémie, le système de santé québécois fait l’objet d’une énième réforme. Les quelque cinquante mesures du plan d’action à cet égard illustrent l’ambition du ministre Dubé. Pour panser les maux du système, le gouvernement Legault se dit prêt à retrousser ses manches. Promesse ou engagement? Quoi qu’il en soit, le diagnostic actuel du réseau de la santé ne laisse personne indifférent.  

« Les Québécois méritent un meilleur système de santé, » déclare le ministre Dubé au cours d’une conférence de presse tenue la semaine dernière. Pour cette raison, « l’expérience patient » s’avère être le pilier de cette vaste réforme. Bonne nouvelle pour les milliers de patients orphelins : leur prise en charge est une des priorités d’intervention gouvernementale. D’ici la fin de l’été, les citoyens sans médecin de famille seraient dirigés vers les professionnels de la santé adéquats en passant par le guichet d’accès à la première ligne (GAP). C’est déjà le cas au Bas-Saint-Laurent où l’interdisciplinarité des groupes de médecine familiale (GMF) se montre particulièrement efficace.  

Le ministre de la Santé et des Services sociaux insiste pour le respect d’un délai dit raisonnable. Initialement, le cap des 36 heures était la limite fermement prônée par Québec. Aujourd’hui, le discours est autre : l’État renforce l’idée d’un système centré sur le patient en soutenant que le délai est ultimement dicté par les besoins de la personne.  

Un plan axé sur le patient…  

Si l’on en croit les multiples énoncés du plan d’action, la réforme Dubé s’attaque également aux enjeux du vieillissement démographique. Les personnes âgées représentent actuellement le un cinquième de la population au Québec; d’ici 2032, cette proportion s’élèvera à 25 % d’après les projections. Force est d’admettre que la crise sanitaire a rudement exhibé les failles des centres dédiés aux soins de longue durée. Parmi ces lacunes, l’insatisfaction alimentaire fait l’unanimité. Le gouvernement Legault confie alors le dossier à l’Institut de tourisme et de l’hôtellerie du Québec. Au menu : des repas de qualité.  

D’autre part, Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des proches aidants, souligne l’importance de la possibilité de « vivre longtemps à domicile ». De ce fait, l’aide à domicile pourrait connaître un virage conséquent afin de répondre aux besoins des individus âgés. 

… mais aussi sur les soignants  

Bien que le patient soit au cœur de la réforme proposée par l’État québécois, la revalorisation du personnel de la santé l’est tout autant. Adieu aux heures supplémentaires obligatoires : ce mode de gestion deviendrait désuet dans la foulée du recrutement massif des soignants. Le ministre Christian Dubé souhaite que le réseau de la santé soit un employeur prisé par la main-d’œuvre. Plusieurs estiment que l’abolition des heures supplémentaires obligatoires pourrait attirer, mais surtout retenir les travailleurs au sein du réseau public.  

D’un autre côté, la réforme suggère la révision du champ d’exercice de certaines professions en santé. En 1988, le rapport Rochon déplorait le champ de pratique exclusif, synonyme de « corporatisme rigide et étroit ». Élargir la pratique professionnelle pourrait aider à désengorger le système selon les commissions d’examen du réseau. C’est aussi le plaidoyer du président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires, Benoît Morin, qui estime que l’action de ses membres est un remède potentiel pour guérir le système de santé.  

Le pouvoir des infirmières et des paramédicaux serait lui aussi revu à la hausse. Ayant connu une crise sans précédent au cours des dernières années, ces métiers sont visés par la lutte contre la pénurie de personnel. À propos des techniciens ambulatoires, le plan de réforme leur promet un ordre professionnel. Submergés par les appels d’urgence, ces soignants de première ligne pourraient désormais sélectionner les cas qui nécessitent un transport vers l’hôpital. Résultat : les heures d’attente interminables aux urgences seraient chose du passé.  

S’il y a un aspect que la pandémie a durement pointé du doigt, c’est bien l’informatisation défaillante du système de la santé. Prisonniers du fameux télécopieur et des notes manuscrites, les établissements de soins peinent à communiquer entre eux. Québec veut donc entreprendre un plan de modernisation technologique, notamment pour alléger le fardeau des tâches administratives pesant sur les professionnels. La création d’un seul dossier de santé numérique pourrait aussi limiter les maux de tête chez les praticiens.  

Un plan ou une liste?  

Les changements avancés promis par le ministre Dubé suscitent tantôt l’espoir, tantôt la méfiance. Compte tenu du cycle perpétuel des refontes incomplètes, plusieurs acteurs du milieu hésitent à se réjouir. En entrevue avec le journal La Presse, le président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence constate que « ça fait 20-25 ans qu’on propose des mesures, mais rien ne bouge ». Les syndicats partagent son scepticisme en soulignant que le plan d’action du ministre de la Santé s’apparente plutôt à une liste, puisqu’il n’y a pas d’échéanciers clairs et pas de budget strictement défini. 

Puis, les CLSC et les ressources intermédiaires (RI), partenaires du réseau, ne figurent pas dans cette « liste » selon plusieurs organisations. Considérant le sous-financement des services publics, d’autres pensent que la réforme Dubé n’a pas les moyens de ses ambitions. À cela, le gouvernement Legault répond que « les sceptiques seront confondus ».  


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