Mar. Fév 7th, 2023

Par Josiane Demers 

Le 25 janvier prochain, journée nationale de la santé mentale, marquera la treizième journée Bell cause pour la cause. Toutefois, dans les dernières années, l’entreprise a été la cible de nombreuses critiques. Plusieurs ont souligné l’hypocrisie du géant des télécommunications, alors que plusieurs témoignages ont dévoilé un climat de travail toxique au sein de l’entreprise. Cette année, Bell a décidé de changer son fonctionnement pour le don. Malheureusement, la nouvelle partie s’attaque seulement à l’aspect financier, mais la campagne de sensibilisation demeure problématique pour diverses autres raisons. 

En effet, il y a d’abord le problème d’accès aux soins et il est important d’intégrer une analyse intersectionnelle lorsque l’on parle de santé mentale. C’est-à-dire qu’il faut comprendre qu’il n’y a pas seulement un seul facteur qui conduira à des problèmes de santé mentale. Les difficultés d’une personne sont rarement causées par une seule chose.  

Un coup de marketing? 

Commençons par le commencement, parlons d’argent et de la nouvelle formule. Selon un communiqué de Bell, cette année, le traditionnel mot-clic #bellcause qui versait 0,05 $ par texto (Twitter, Facebook…) à des organismes œuvrant en santé mentale sera remplacé par un don unique de 10 millions de dollars. Aussi, avec le slogan de 2023, On doit changer ça. Bell invite les gens à partager leurs actions prises pour aider des organismes ou des proches en partageant leurs initiatives avec le même mot-clic que les années dernières. De plus, toute la journée, l’entreprise mettra en lumière plusieurs de ces organismes de partout au Canada agissant dans ce domaine. 

Selon le site Fulcrum, l’entreprise affichait un chiffre d’affaires de 22,88 milliards de dollars en 2020. Ces 10 millions ne représentent pas une somme si importante. Aussi, lorsque les gens envoyaient des textos avec le mot-clic pour engendrer un 5 cents de don, c’est tout de même Bell qui faisait de l’argent avec ces textos. Finalement, l’entreprise a réussi, avec cette campagne, à faire parler d’elle gratuitement pendant une journée complète en ajoutant à cela toutes les entrevues accordées par les porte-parole au préalable et après la journée clé.  

Comme l’explique Jasmine Vido, professeure et chercheuse à l’Université de Windsor en Ontario dans le National Post: « Il y a un paradoxe souvent associé à l’activisme corporatif qui implique de diffuser un message de conscientisation tout en faisant la promotion d’une cause qui donne une belle image à une corporation ». Parfois, cela peut devenir très profitable à cause de la publicité « gratuite » que cela engendre, un peu comme on avait pu le constater dans le documentaire L’industrie du ruban rose, faisant référence à la cause du cancer du sein.  

Madame Vido soulève aussi l’exploitation des millénariaux dans cette campagne, car ce sont eux qui sont sur les réseaux sociaux. « Les gens qui publient et partagent leurs histoires personnelles le jour de Bell Cause pour la cause sont ciblés et exploités par des publicités pour des produits qui peuvent les “ aider ” avec leurs problèmes de santé mentale », souligne-t-elle.  

Pas un problème individuel! 

Dans un article du site The Conversation, plusieurs points intéressants sont soulevés sur les histoires et les témoignages recueillis par Bell lors de cette campagne. On peut maintenant constater que l’entreprise démontre un effort de diversité. C’est-à-dire qu’il y a des personnes de toutes les nationalités, tous les âges et toutes les religions. Cela envoie un message qui est tout à fait pertinent : les problèmes de santé mentale, c’est universel.  

Toutefois, chaque témoignage représente quelqu’un qui s’en est sorti grâce à la thérapie et la médication. La réalité est bien différente. Premièrement, l’accès aux soins est très difficile et ce sont souvent les personnes privilégiées financièrement qui peuvent aller au privé et obtenir des traitements rapidement, et même là, l’attente est interminable pour quelqu’un qui souffre. Selon Radio-Canada: « Au total, 1 477 personnes sont présentement en attente de services en santé mentale en Estrie. À pareille date l’an dernier, elles étaient 354 à attendre une consultation avec un psychiatre uniquement au CHUS ».  

Aussi, chez Bell, on met surtout de l’avant la démarche individuelle. Ce que l’auteur de l’article avance, c’est que c’est souvent la personne vivant avec des problèmes de santé mentale qui doit changer, qui doit consulter, se médicamenter, aller en thérapie, alors que beaucoup de ces maux sont parfois causés par l’environnement de la personne et ses expériences. Si c’est la situation familiale violente ou un environnement de travail toxique qui contribue fortement à une dépression, à de l’épuisement ou à de l’anxiété, ne devrions-nous pas nous pencher sur le cas des autres personnes qui créent ces contextes malsains ? Une personne est rarement la seule responsable de son mal-être. 

C’est ce qu’on entend par l’intersectionnalité. Donc ce que ça veut dire, c’est que si une personne a grandi dans la pauvreté, dans un milieu familial difficile et vit du racisme en milieu de travail, elle n’est pas la seule responsable de son sort. Il y a des changements de société à faire pour aider la santé mentale de la population en général.  

Disons-le, le fait de parler de santé mentale, c’est positif. On ne peut pas être contre la vertu, mais la vertu de Bell est un peu défaillante. Cela dit, personne ne prête à l’entreprise de mauvaises intentions, ne serait-ce que de vouloir faire du profit en ayant l’air altruiste, mais toutes les entreprises font ça. On ne changera pas le monde en un article ! Cependant, il y a moyen d’améliorer sa manière de sensibiliser. Il y a des critiques valables qui sont faites à son égard, des critiques qui pourraient l’aider à avancer et à adapter son initiative afin qu’elle devienne plus adéquate.  


Crédit image @Pexels

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Josiane Demers
Cheffe de pupitre SOCIÉTÉ, auparavant rédactrice en chef (2021-2022) et cheffe de pupitre SPORT ET BIEN-ÊTRE pour le journal Le Collectif

Étudiante à l’école de politique appliquée avec un cheminement en relations internationales à l’Université de Sherbrooke, Josiane Demers a également suivi des cours en communication. Impliquée au journal Le Collectif depuis le début de son parcours académique, elle est passée de collaboratrice à cheffe de pupitre de la section Sport et bien-être, pour ensuite devenir rédactrice en chef du périodique.
Passionnée de culture, de sports et d’actualité internationale, elle a plus d’une corde à son arc.

Josiane cède la relève de la rédaction en chef à nos dévoués Victor Dionne et Sarah Gendreau Simoneau en août 2022 avant de quitter le Québec pour une session à l'étranger! À son retour à l'hiver 2023, Josiane entreprend de renouer avec son amour pour le journal, cette fois au poste de cheffe de pupitre SOCIÉTÉ. Rebienvenue dans l'équipe, Josiane!