Ven. Juil 19th, 2024

Par Ema Holgado 

Le lundi de la semaine dernière est passé un peu sous le radar de la plupart des gens. Pourtant, nous étions le 13 novembre, soit la date qui commémorait les huit ans des attentats du Bataclan, à Paris. Cette nuit-là, 130 personnes attablées en terrasses ainsi que des spectateurs du groupe Eagles of Death Metal perdaient la vie sous les balles de terroristes djihadistes. Plusieurs autres, 413 précisément, ont été blessées et ne retrouveront surement jamais une vie normale, et des milliers seront traumatisées. Huit ans après, que peut-on ressortir de cet évènement? Comment se sont relevées les victimes et la société? 

La reconstruction par l’art, ou parfois art-thérapie, a fait ses preuves depuis longtemps sur les victimes de crimes graves et traumatisants qu’il est difficile à mettre en mots. Si un traumatisme tel que des attentats ne vous quitte jamais, il peut être adouci pour certains par l’expression sincère dans l’art. Les attentats du 13 novembre ont donné lieu à de nombreuses représentations culturelles à la fois pour essayer d’aider à comprendre une nation endeuillée, mais aussi venant directement des victimes qui ont eu besoin d’une échappatoire pour réussir à, ne serait-ce qu’un peu, reconstruire leur vie.  

On aurait aimé savoir, Bahareh Akrami (roman graphique) 

Bahareh Akrami est alors enceinte de sept mois quand le café où elle prenait un verre est pris pour cible par un des terroristes. Si elle sort sans séquelles physiques, sa blessure est interne par son traumatisme. Le procès contre les terroristes a eu lieu en 2020, cinq années plus tard, et se démarque par sa longueur, mais aussi par l’immense dispositif qui en découle. Bahareh se porte partie civile dans le procès et rapidement sa colère monte. On donne une tribune à des gens qui déblatèrent des inerties sur la bonne cause de l’État islamique. Elle commence alors à dessiner des chroniques au fil du procès rapportant les dires et les avancements avec gravité ou avec humour. Entre débats sur un tuyau d’aspirateur et une pause casse-croute durant les attentats pour manger, Bahareh nous rapporte toutes les choses surréalistes et cocasses qui se passent au sein du palais de justice.  

« Salah Abdeslam, profession ? “Combattant de l’État islamique”.Le président rétorque du tac au tac : “Moi, sur ma fiche, j’ai intérimaire” ». 

Des suites de ces chroniques publiées sur les réseaux sociaux naitra une bande dessinée à paraitre le 1er décembre, On aurait aimé savoir. Par ses bulles pleines d’humour et ses remarques, Bahareh Akrami se réapproprie un évènement qui la dépasse, mais qui restera marqué en elle pour toujours et avec lequel elle doit avancer.  

Il nous reste les mots, Georges Salines, Azdyne Amimour 

Ce livre est le fruit d’une rencontre entre deux pères endeuillés après les attentats du 13 novembre. Le premier, Georges Salines, est le père de Lola, décédée au Bataclan. Le second, Azdyne Amimour, est le père de Samy, un des assaillants. Tous deux ont perdu leurs enfants à 28 ans et se rencontrent dans l’incompréhension la plus totale de ce qui s’est passé. Georges retrace la vie de sa fille, porte sa mémoire à elle et aux autres victimes de cette soirée. Azdyne, lui, cherche à comprendre ce qui a pu se passer chez son fils pour qu’il en arrive à commettre un tel acte. Il revient sur jeunesse, sa radicalisation plus vieux et son départ pour la Syrie. Ce livre est une conversation émouvante entre deux hommes qui cherchent à comprendre. Un grand respect et une sorte d’amitié sortent de ces rencontres entre deux hommes que tout pourrait opposer, mais que le deuil de leurs enfants disparus rapproche. Au fil des pages, chacun raconte sa soirée du 13 novembre et comment sa vie à basculer vers le camp de parent de victime d’un côté et vers le camp de parent de bourreau de l’autre.  

« Nous sommes avant tout deux pères ayant chacun perdu leur enfant, deux amoureux des voyages et de la culture, deux natifs des bords de la Méditerranée, deux êtres humains. »  

13 novembre : Fluctuat nec mergitur, Jules et Gédéon Naudet (documentaire) 

Sorti en 2018, ce documentaire porte poétiquement le nom de nom de la devise de Paris, Fluctuat nec mergitur : battu par les flaux, mais ne sombre pas. Sous leurs caméras, les frères Naudet, rescapés du 11 septembre, donnent la parole aux rescapés des attentats du 13 novembre, mais aussi aux témoins directs premiers répondants de l’attaque, les pompiers, les policiers, les personnalités publiques. En trois parties, le documentaire revient sur la première partie de l’attaque au Stade de France (partie 1), sur la prise d’otage au Bataclan (partie 2) et finalement sur la reconstruction des victimes, sur l’après (partie 3). Le documentaire est dur. On y entend des appels passés aux pompiers et à la police durant l’attaque, on y voit des images amatrices des faits, ainsi qu’une cinquantaine de témoignages allant du président de la République, François Hollande, aux victimes prises en otages dans le Bataclan. Le documentaire se termine sur une note d’espoir et de volonté de reconstruction pour les victimes encore en vie qui doivent se reconstruire.  

Le documentaire est disponible sur Netflix. À voir en plusieurs fois. 

Bande-annonce : https://www.netflix.com/ca-fr/title/80190097  

Pour Fabian et les autres qui nous rappellent contre quoi la culture doit être protégée et contre quoi elle se bat. « Chaque année, nous commémorons toutes les victimes des terribles attaques du 13 novembre 2015. Les disparus, les blessés, les proches de victimes. » (Association 13Onze15 : Fraternité et Vérité


 Source: 13 novembre

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